Au Québec, un important effort financier dévolu à la gestion des plantes exotiques envahissantes

 In Actualités

Dans un communiqué de presse daté du 18 juillet 2018, le gouvernement du Québec indique qu’il consacrera en cinq ans 8 M$ (8 millions de dollars canadiens, soit environ 5,4 millions d’euro) à la lutte contre les plantes exotiques envahissantes.

Un programme pour améliorer la gestion des plantes exotiques envahissantes

Visant à “détecter, contrôler ou éliminer ces plantes nuisibles[…]” et “réduire les menaces et les impacts des plantes exotiques envahissantes sur la biodiversité et l’intégrité des milieux naturels du Québec“, une subvention totale de 6,25 M$ sur cinq ans (soit 1,25 M$ par année) sera attribuée à la Fondation de la faune du Québec pour mettre en place et gérer un programme de lutte contre les plantes exotiques envahissantes. Les 1,75 M$ restant seront consacrés par le ministère du Développement durable, de l’environnement et de la lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) à l’acquisition de connaissances sur ces plantes et à l’élaboration d’outils d’accompagnement pour les gestionnaires engagés contre ces espèces.

Le document d’information sur ce programme précise les objectifs spécifiques :

  1. restaurer des milieux d’intérêt faunique et floristique touchés par des plantes exotiques envahissantes afin de favoriser le retour d’habitats diversifiés ;
  2. limiter l’introduction et la propagation des plantes exotiques envahissantes dans des sites ou des secteurs d’intérêt écologique ;
  3. créer des partenariats et soutenir des initiatives durables à l’échelle provinciale, régionale ou locale.

Il indique les organismes et les types de projets admissibles (tout organisme privé ou public légalement constitué est admissible, les particuliers ne le sont pas) dans deux “volets” : “1 : Contrôle de plantes exotiques envahissantes et restauration” et “2 : Transfert de connaissances“. Les projets doivent viser des “interventions durables“. Il liste ensuite les activités non admissibles dans ce cadre et spécifie les aides financières possibles, les coûts admissibles, les critères d’évaluation des projets et différentes conditions de soumission des projets. Il est accompagné d’un formulaire de demande d’aide.

Le génotype eurasien du Roseau commun (Phragmites australis), introduit au Québec, s’avère très envahissant par rapport au génotype indigène © Skogfrun

Son intégration dans d’autres plans d’action québécois

Ce programme concernant la gestion des plantes exotiques envahissantes est inclus comme un objectif dans le Plan d’action 2018-2023 de la Stratégie québécoise de l’eau 2018-2030. Dans l’Orientation 2 de ce plan d’action (“Protéger et restaurer les milieux aquatiques“), l’objectif 4, “Favoriser le contrôle des espèces exotiques envahissantes“, devrait bénéficier d’un budget total d’environ 12 M$.

En complément de la lutte contre les plantes exotiques envahissantes, cet objectif porte également sur le Programme québécois de lutte contre les carpes asiatiques géré par le ministère des Forêts, de la faune et des parcs. Ce programme concerne quatre espèces de carpes exotiques et fait explicitement appel à la collaboration du public dans le cadre des activités nautiques, de pêche ou de promenade en bordure des eaux. Il s’agit d’un programme mené en coopération avec les Etats-Unis pour tenter de gérer ces espèces dans les territoires des grands lacs nord-américains.

La Chataigne d’eau (Trapa natans), menacée en France mais envahissante au Québec © A. Kwiecien

Ce programme est aussi inscrit dans le Plan d’action 2013-2020 sur les changements climatiques. Dans le chapitre “Conserver la biodiversité et les bénéfices offerts par les écosystèmes” de la partie 4 de ce plan, intitulée “Renforcer la résilience de la société québécoise aux impacts des changements climatiques“, la Priorité 29 est “Actualiser les outils d’évaluation, de protection et de gestion de la biodiversité et des écosystèmes“.

Cette priorité rappelle notamment que pour préserver la résilience des écosystèmes, il est nécessaire de veiller au maintien des services écologiques et des bénéfices qu’ils apportent à la société. Parmi les recherches à mener dans ce cadre est cité l’examen “des voies d’entrée et des modes de propagation des espèces exotiques envahissantes favorisées par les changements climatiques” afin de mettre en oeuvre des méthodes de détection et de contrôle adaptées.

En annexe de ce document daté de 2012 figure la répartition du financement entre les priorités de ce Plan d’action : la priorité 29 se voyait attribuer un budget de 9 M$.

Une déclaration ministérielle

Selon la ministre du Développement durable, de l’environnement et de la lutte contre les changements climatiques : “Les plantes exotiques envahissantes prennent de l’ampleur partout dans le monde. Le moment est venu de doter le Québec de meilleurs outils de prévention, de détection et d’intervention afin de limiter ce phénomène. C’est par une collaboration accrue que nous arriverons à des résultats tangibles et le Programme pour la lutte contre les plantes exotiques envahissantes sera notre arme de première ligne. J’invite les acteurs locaux, régionaux et nationaux, notamment ceux qui sont aux prises avec le Myriophylle à épi, à accroître leur expertise, appuyés par notre gouvernement. En travaillant en collaboration, nous pouvons gagner en efficacité et répondre aux réels besoins, sur l’ensemble du Québec.


En guise de complément vu depuis notre côté de l’Atlantique…

Espèces exotiques envahissantes au Québec : quelques cadeaux européens ?

Ce communiqué de presse officiel rappelle que 887 espèces floristiques introduites au Québec y sont maintenant naturalisées, soit 30 % de la flore. Parmi ces espèces, 87 sont considérées comme nuisibles pour l’environnement, l’économie ou la société. Il est intéressant de noter que parmi les espèces exotiques envahissantes citées au Québec comme touchant le plus les milieux naturels et la biodiversité, se retrouvent la Renouée du Japon (ce qui n’est pas vraiment surprenant, même vu depuis notre côté de l’Atlantique) mais aussi le Roseau commun, le Myriophylle en épi et la Châtaigne d’eau. Ces trois espèces, indigènes par chez nous et dans des états de conservation assez variables, sont ainsi d’excellentes illustrations des échanges intercontinentaux d’espèces et des conséquences de ces échanges !

Le Roseau commun (Phragmites australis), espèce hélophyte du bord des eaux, aux herbiers et aux inflorescences connus de tous, se retrouve dans presque toutes les régions du monde (Afrique, Amérique du Nord, centrale et du Sud, Asie, Australie, Europe, Nouvelle-Zélande). Il est très largement dispersé en métropole. Si un génotype indigène peu envahissant est présent au Québec, il a été rejoint depuis plus d’un siècle et maintenant concurrencé par un génotype d’origine eurasienne considéré comme très envahissant. Pour en savoir un peu plus sur les impacts et les moyens de gestion de ce nouvel arrivé au Québec, un rapport de Claude Lavoie pose la question suivante : “Le roseau commun (Phragmites australis) : une menace pour les milieux humides du Québec ?”

Myriophyllum spicatum © D. Hobern

Le Myriophylle à épi [1] (Myriophyllum spicatum), hydrophyte à l’inflorescence seule émergée et composée de petites fleurs rosées, est l’espèce indigène de myriophylle la plus largement répandue en métropole, en plans d’eau comme en cours d’eau. Elle est originaire d’Europe, d’Asie et d’Afrique du Nord. Introduite sur le continent nord-américain dans les années 1940, elle s’est depuis largement dispersée et se trouve actuellement dans plus de 40 états américains et dans 4 provinces canadiennes, dont le Québec. Les personnes intéressées par un historique de la colonisation en cours par ce génotype au Québec peuvent obtenir une copie d’un article très récent [2] en en faisant la demande à Claude Lavoie (Claude.Lavoie@esad.ulaval.ca).

La Châtaigne d’eau (Trapa natans), plante aux feuilles flottantes et aux fruits suffisamment piquants pour rendre un peu risquées certaines promenades pieds nus au long des plages des plans d’eau où ses herbiers subsistent encore, est citée dans plus d’une douzaine de listes rouges régionales. Et dans près de la moitié de ces listes, elle est considérée comme menacée (EN une fois, VU cinq fois)… Il n’en est pas tout à fait de même au Québec : on pourra par exemple parcourir une fiche du MDDELCC au titre évocateur “L’intruse écologique” ou la fiche qui lui est consacrée par la Fédération interdisciplinaire de l’horticulture ornementale du Québec (FIHOQ).

Rédaction : Alain Dutartre, expert indépendant
Relectures : Doriane Blottière et Emmanuelle Sarat, Comité français de l’UICN.

[1] Souvent dénommé “Myriophylle en épi” en métropole, y compris dans de nombreux sites Internet, alors que les québécois semblent bien s’en tenir au “à”…

[2] Jacob-Racine, R. et Lavoie, C. 2018. Reconstitution historique de l’invasion du Québec par le Myriophylle à épis (Myriophyllum spicatum). Le naturaliste canadien, 142 (N° 3) : 40–46.

Cet article est également disponible en : Anglais

Contacter le Centre de ressources EEE

Pour toute information, n'hésitez pas à nous contacter. Vous reviendrons vers vous le plus rapidement possible. Cordialement, l'équipe de mise en oeuvre du Centre de ressources EEE.

Not readable? Change text. captcha txt
0
X