Les EEE et la Convention sur la diversité biologique : actualités

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Les EEE et leur gestion à l’échelle mondiale font partie des objectifs de la Convention sur la diversité biologique (CBD) mise en place lors du sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992. En 2018, nous avions publié deux articles sur ces travaux, l’un portant sur un bilan actualisé des efforts mis en œuvre pour réduire les pressions directes exercées par les espèces exotiques envahissantes sur la diversité biologique, l’autre sur une évaluation des progrès récents dans la réalisation des objectifs d’Aichi les concernant.

Lors de la quatorzième Conférence des Parties à la CBD à Charm el-Cheikh (Égypte) en novembre 2018, une décision concernant les espèces exotiques envahissantes avait été adoptée. Ce texte de 8 pages listait les attentes dans ce domaine et comportait deux annexes, la première ayant trait aux “orientations facultatives additionnelles pour prévenir les introductions non intentionnelles d’espèces exotiques envahissantes liées au commerce d’organismes vivants“, la seconde précisant le “mandat du groupe d’experts techniques sur les espèces exotiques envahissantes“.

A l’occasion d’une réunion du groupe de travail de la CBD (GT CDB) tenue en août 2019 à Nairobi (Kenya) portant sur un cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020, une présentation des travaux de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques) a été faite par sa présidente, Ana Maria Hernandez. Elle y a rappelé que les conclusions de ces travaux avaient permis un classement des cinq premiers facteurs directs des changements dans la nature selon leur impact mondial, classement dans lequel les EEE se trouvent au dernier rang, après les changements dans l’utilisation des terres et de la mer, l’exploitation directe des organismes, les changements climatiques et la pollution (voir notre article du 7 juin 2019 à ce sujet).

Les travaux du GT CDB ont pour objectif l’adoption d’un cadre mondial pour la biodiversité après 2020 lors de la Conférence des Nations Unies sur la biodiversité, prévue en octobre 2020, à Kunming, en Chine. Initialement localisée également à Kunming, la seconde réunion de ce groupe prévue fin février 2020 a été transférée à Rome en raison de l’épidémie de coronavirus en cours.

Elle a pour objectif de préciser le champ d’application et le contenu de ce cadre mondial en élaborant un texte à négocier en octobre, présenté comme une Vision à l’horizon 2050 “Vivre en harmonie avec la nature” : d’ici 2050, la biodiversité est valorisée, conservée, restaurée et utilisée à bon escient, maintenant les services écosystémiques, soutenant une planète saine et procurant des avantages essentiels à tous. (“By 2050, biodiversity is valued, conserved, restored and wisely used, maintaining ecosystem services, sustaining a healthy planet and delivering benefits essential for all people.”)

Parmi les documents préparés pour la réunion de février du GT CDB figure un additif à l’avant-projet zéro de ce cadre mondial. Ce document qui vise à être discuté et révisé par les participants contient deux appendices organisés en tableau, listant les éléments de suivi des objectifs aux horizons 2030 et 2050 (appendice 1) et de suivi des cibles axées sur l’action pour 2030 (appendice 2). Chaque appendice est accompagné de suggestions d’éléments cible à suivre et d’indicateurs correspondants.

Le premier appendice répertorie cinq projets d’objectifs très généraux, comme par exemple “D’ici à 2030, aucune perte nette dans la superficie et l’intégrité des écosystèmes d’eau douce, marins et terrestres, et augmentation d’au moins [20%] d’ici à 2050, assurant ainsi la résilience des écosystèmes” ou “La diversité génétique est préservée ou augmentée en moyenne d’ici à 2030 et pour [90%] des espèces d’ici à 2050“.

Le second appendice présente un “cadre de suivi pour les cibles axées sur l’action à l’horizon 2030“. Comportant au total vingt items, il est organisé en trois sections successives, intitulées “Réduire les menaces qui pèsent sur la biodiversité“, “Répondre aux besoins des populations grâce à l’utilisation durable et au partage des avantages” et “Outils et solutions pour la mise en œuvre et l’intégration“.

Les éléments relatifs aux EEE (Tableau 1 : extrait de l’appendice 2) se trouvent en troisième place dans la première section de l’appendice qui compte six items. Le projet de cible sur les EEE porte d’ici à 2030 sur un meilleur contrôle des voies et du nombre d’introductions et sur une élimination ou un contrôle permettant d’en réduire les effets.

Tableau 1 : extrait de l’appendice 1.

Dans cet objectif, les cibles à suivre concernent le nombre de pays développant des mesures de contrôle sur ces voies d’introduction, en différenciant les introductions intentionnelles et non-intentionnelles, les taux d’introductions, d’élimination ou de contrôle et les changements des impacts de ces espèces.

Treize indicateurs de suivi sont suggérés. Ils portent sur l’évolution de la législation sur la prévention et le contrôle des EEE, de l’application des instruments juridiques existants, visant à contrôler les voies d’introduction, des évaluations de risques concernant ces espèces, ou encore sur l’évolution des nombres d’introduction.

Certains d’entre eux portent donc sur les actions menées par chacune des Parties de la CBD, comme par exemple l’évolution nationale de la législation ou le nombre d’espèces ayant fait l’objet d’une évaluation des risques, d’autres portent sur les accords internationaux tels que la Convention internationale pour le contrôle et la gestion des eaux de ballast et sédiments des navires et d’autres encore, sur la compilation d’informations issues de toutes les Parties.

Dans la situation actuelle où l’urgence des actions pour protéger la biodiversité et mieux gérer les EEE devient de plus en plus évidente, il peut être surprenant – voire décevant- de constater la relative lenteur des évolutions effectives dans l’établissement de modalités internationales d’actions dans ces domaines. En l’absence de prise de conscience mondiale partagée, la très grande disparité de fonctionnements socio-politiques, de développements économiques et de représentations des enjeux de la protection de la nature entre les différents états de la planète ralentit hélas toute évolution rapide dans ces domaines.

Néanmoins, concernant les EEE, à l’échelle de l’Union européenne, les dispositifs prévus par règlement européen relatif à la prévention et à la gestion de l’introduction et de la propagation des EEE devraient participer à l’atteinte des cibles proposées pour 2030 et permettre aux Etats membres d’alimenter les indicateurs proposés, comme par exemple l’existence d’une législation dédiée, la mise en place d’un système de surveillance ou encore la réalisation d’analyses de risques.

Rédaction : Alain Dutartre, expert indépendant
Relectures : Emmanuelle Sarat et Doriane Blottière, Comité français de l’UICN

Cet article est également disponible en : Anglais

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