Obama nungara, un prédateur de la faune du sol

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Une enquête de science participative a récemment montré, sur la base de plus de 1100 signalements, que 10 espèces de plathelminthes terrestres exotiques potentiellement envahissants (famille geoplanidae) étaient présentes en métropole (Justine et al., 2014). L’une des espèces identifiée est Obama nungara, déjà répertoriée dans plusieurs pays européens, dont la France (Carbayo et al., 2016 ; Justine et al., 2020). Il existe actuellement encore peu d’informations sur les traits d’histoire de vie de cette espèce, mais il semble déjà établi qu’elle présente toutes les caractéristiques d’une espèce exotique envahissante. Détecté en métropole en 2013, ce ver s’est très vite répandu dans les jardins mais les conséquences écologiques de cette invasion sont encore à l’étude. L’espèce est connue pour être un prédateur généraliste des invertébrés du sol, tels que les vers de terre, les gastéropodes et autres plathelminthes terrestres et semble bien s’accommoder aux perturbations environnementales (Justine et al., 2020).

DESCRIPTION DE L’ESPÈCE ET ÉCOLOGIE

Vue dorsale d’Obama nungara, spécimen de Cagnes-sur-Mer © Pierre Gros

Obama nungara est un ver plat, mesurant 52 mm à 108 mm à l’état adulte (Justine et al., 2020). Sa couleur dorsale varie d’un brun clair uniforme à un brun foncé, avec des stries et des pointillés bruns foncés. La surface ventrale est de couleur gris pâle, plus claire au milieu. Sa bouche et son gonopore situés sur la face ventrale sont peu visibles.

 Ces vers ont été signalés dans la plupart des cas dans des jardins privés, où ils semblent s’être établis. Il n’y a pour l’instant aucune étude sur leurs capacités et modalités de dispersion après leur première introduction. A ce jour, la densité observée selon les jardins va d’un seul individu à plusieurs dizaines.

Vue ventrale d’Obama nungara, spécimen de Cagnes-sur-Mer © Pierre Gros

En métropole, les signalements des citoyens et les observations de laboratoire indiquent qu’O. nungara est essentiellement nocturne. Il reste la journée au frais, caché dans des milieux humides (sous des branches, feuilles, pots de fleur, etc.) et semble très mal supporter les fortes chaleurs et la sécheresse. Il chasse généralement à la tombée de la nuit, et semble capable de se nourrir de diverses espèces d’invertébrés : vers de terre, limaces et escargots.

Individus hermaphrodites, ils se reproduisent par reproduction sexuée, amenant au développement d’un cocon pouvant contenir 1 à 20 juvéniles.

 ORIGINE ET RÉPARTITION EN FRANCE

Selon une étude de biologie moléculaire menée en 2020 par Justine et al., les populations d’Obama nungara installées en Europe proviendraient d’Argentine. En effet, une analyse de l’ADN mitochondrial de 91 individus, combinée avec des données publiées de spécimens de plusieurs pays, a montré l’existence de trois clades. Le premier groupe, « Brésil », est actuellement uniquement présent dans ce pays ; le deuxième groupe, « Argentine 2 », a été trouvé seulement en Argentine et en Espagne ; enfin, le troisième groupe, « Argentine 1 », a été trouvé en Argentine et dans sept pays européens, dont la France. Cela suggère que des individus appartenant aux deux clades d’Argentine ont été introduits en Europe, les représentants de l’un d’entre eux étant plus largement répandus (Justine et al., 2020).

À ce jour, O. nungara a été signalé dans 72 départements en France (voir carte). Les signalements les plus abondants se trouvent le long des côtes atlantique et méditerranéenne alors que les zones montagneuses (Alpes, Pyrénées, Massif Central) présentent actuellement beaucoup moins de signalements (Justine et al., 2020).

Répartition des observations d’Obama nungara sur la période 2013-2018 et d’après l’enquête de Justine et al. (2020) PeerJ 8, e8385

Une enquête de sciences participatives, débutée en 2013 par le Muséum national d’Histoire naturelle (http://eee.mnhn.fr/formulaire/), a recensé de nombreux témoignages et signalements. La plupart confirment le fait que l’arrivée des Plathelminthes fait suite à l’achat de terreau ou de plantes en jardinerie.

Afin d’approfondir ces résultats, une thèse sur cette espèce, débutée en 2019, est menée par Louise Cavaud. Son premier objectif est de faire un état des lieux de la présence d’O. nungara en France métropolitaine, et de ses potentielles voies d’introductions. Un questionnaire en ligne a été créé (https://forms.gle/FmtjJo1cBgno4KGv8), pour permettre aux personnes ayant signalé sa présence de donner des informations complémentaires sur l’écologie de cette espèce : quels sont les habitats qui favorisent sa présence dans les jardins ? Quelle est sa répartition ? Son abondance ? Comment les populations évoluent dans le temps ?

INVASION EN FRANCE : QUELS SONT LES IMPACTS SUR LES COMMUNAUTÉS LOCALES ?

Vue dorsale d’Obama nungara, spécimen du bois de Vincennes, Paris  © Xavier Japiot

Obama nungara est considéré comme un super-prédateur, qui se nourrit d’invertébrés tels que les escargots et les vers de terre. Une prédation continue et intense pourrait engendrer une réduction de la biodiversité, et, à terme, impacter les écosystèmes. En effet , les vers de terre sont des organismes reconnus comme des ingénieurs de l’écosystème sol (Blouin et al., 2013) et une réduction de la diversité et de la biomasse des invertébrés du sol comme les vers de terre peut les rendre moins fertiles.. À terme, cet appauvrissement causerait une diminution de la productivité des champs et des prairies, une réduction de la faune qui se nourrit de vers de terre, et donc de la biodiversité (Stockdill, 1982). Un second objectif de la thèse est de caractériser plus précisément le régime alimentaire de cette espèce, afin de mieux connaître ses potentiels impacts sur les communautés locales des invertébrés du sol. Il s’agira de déterminer quelles sont les proies ingérées par les Plathelminthes, grâce à des techniques de séquençage génétique du contenu digestif des individus. En comparant les espèces ingérées avec celles trouvées dans le milieu de vie des Plathelminthes, il sera alors possible de déterminer si certaines proies sont préférentiellement ingérées et ainsi les espèces les plus menacées par la prédation par O. nungara.

Rédaction : Louise Cavaud, Université Paris Est
Relectures : Jean-Lou Justine, MNHN, Alain Dutartre, expert indépendant, Madeleine Freudenreich et Emmanuelle Sarat, Comité français de l’UICN.

En savoir plus :

BIBLIOGRAPHIE

Cet article est également disponible en : Anglais

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