Premier signalement de Cherax destructor en milieu naturel en France (Bretagne)

 In A surveiller de près

Spécimens capturés en Bretagne © Sébastien Legoff

L’écrevisse Cherax destructor vient d’être découverte en Bretagne sur un très petit fleuve côtier (5 km) du Finistère-Nord par un technicien de rivière et un agent de l’Agence Française pour la Biodiversité. Il s’agit du premier signalement en France de la « yabbie » (de son nom australien, son pays d’origine) en milieu naturel. Cette espèce a vraisemblablement été introduite dans des étangs en barrage sur le cours d’eau dans lesquels elle s’est acclimatée (reproduction très probable) ; on la retrouve d’ailleurs dans le ruisseau qui relie les étangs. La yabbie est donc bien installée dans ce très petit bassin versant isolé du réseau hydrographique breton par la mer. Quelques individus ont été prélevés et identifiés par les agents de l’Agence française pour la biodiversité. La détermination a été confirmée par des données moléculaires issues du Laboratoire « Ecologie et Biologie des Interactions » de l’Université de Poitiers.

Cette espèce de la famille des Parastacidae, originaire de la majeure partie du centre et du sud-est de l’Australie, est l’une des 26 espèces du genre Cherax. Seuls C. destructor et C. quadricarinatus ont été introduits en Europe, initialement pour en faire l’élevage. Ces deux espèces font l’objet d’une exploitation commerciale en Australie. Trente pour cent de cette production de yabbie est actuellement exportés vers l’Europe (Suède) et en Asie du Sud-Est. Cherax destructor est également utilisé en aquariophilie.

La Yabbie a tout d’abord été introduite en Espagne en 1983, notamment dans la province de Navarre où quelques populations se sont acclimatées. Elles ont par la suite été éradiquées par la peste de l’écrevisse suite à l’introduction de spécimens infectés d’écrevisse de Californie, Pacifastacus leniusculus. En effet, comme les écrevisses européennes, elles sont sensibles à Aphanomyces astaci, agent de l’aphanomycose transmise par les espèces d’origine nord-américaines. L’espèce a également été découverte en Italie en 2008, puis en Suisse (date d’introduction inconnue) (Souty-Grosset et al., 2006).

Spécimen capturé en Bretagne© Sébastien Legoff

L’espèce n’est aujourd’hui pas réglementée à l’échelle de l’Union Européenne. En France, elle est considérée comme espèce susceptible de provoquer des déséquilibres biologiques : son introduction est interdite dans le milieu naturel (il en est de même pour toutes les espèces d’écrevisses hormis les espèces indigènes) (art. R 432-5 du Code de l’Environnement).

La Yabbie bénéficie d’une croissance très rapide et d’une taille imposante, elle peut atteindre 20 cm voire 30 cm de long et un poids de 300 g. Les femelles sont matures dès la première année et peuvent se reproduire plusieurs fois par saison (jusqu’à 5 fois lorsque les conditions le permettent). Très tolérante vis à vis de la  température de l’eau (1 °C à 35 °C avec un optimum vers 20-25°C), de la salinité (jusqu’à 16 g/L) et de l’oxygène dissout (tolérant des concentrations < 1 mg/L), elle se rencontre dans une large gamme d’habitat allant de la mare au cours d’eau alpin. Néanmoins, ses préférences vont plutôt vers les cours d’eau ou les plans d’eau plus ou moins turbides avec des fonds sablonneux ou vaseux localisés dans des régions à fortes températures estivales et faibles précipitations entraînant des assecs partiels.

L’impact environnemental de la Yabbie est peu documenté. Une analyse du risque d’invasion via la méthode FI-ISK (Freshwater Invertebrate Invasiveness Scoring Kit), considérant ses traits biologiques et sa plasticité, la classe parmi les espèces à fort risque d’invasion (Tricarico et al, 2009). Elle est donc susceptible de coloniser une large partie du réseau hydrographique de métropole, aidé en cela par le changement climatique. Cependant, sa sensibilité à la pollution organique, aux insecticides et à l’aphanomycose pourrait limiter son extension. Des analyses plus poussées de ses capacités de colonisation et de ses impacts seraient indispensables, en attendant il apparaîtrait plus sûr d’intervenir tant que ses populations bretonnes sont encore limitées.

Pour tout signalement de l’espèce, utilisez le formulaire du site internet “EEE-FIF”ou l’application INPN-Espèces.

Rédaction : Thibault Vigneron (AFB), Marc Collas (AFB), Frédéric Grandjean (Université de Poitiers) et Nicolas Poulet (AFB)
Relectures : Doriane Blottière et Emmanuelle Sarat, Comité français de l’UICN, Alain Dutartre, expert indépendant.

En savoir plus :

Cet article est également disponible en : French

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