Séminaire scientifique de l’île de Bagaud : retour sur 10 ans de restauration écologique

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Le 5 novembre 2019 à Hyères, ce séminaire a permis de présenter 10 ans d’actions réalisés par le Parc national de Port-Cros et ses partenaires pour tenter d’éradiquer deux espèces exotiques envahissantes fortement implantées sur l’île : la Griffe de sorcière (Carpobrotus spp.) et le rat noir (Rattus rattus). Des suivis scientifiques ont permis d’évaluer l’impact de ces opérations.

Ce séminaire a rassemblé près de 90 participants autour d’interventions sur ce programme mais également de projets similaires menés à l’étranger.

Rappel du cadre et des objectifs du programme décennal (2010-2019)

Arrachage de la griffe de sorcière © A. Aboucaya, Parc national de Port-Cros

Située dans l’archipel des îles d’Hyères l’île de Bagaud (58 ha) est une réserve intégrale du Parc national de Port-Cros (Var, France). Deux espèces exotiques envahissantes y sont très présentes : les griffes de sorcière (Carpobrotus spp.) et le Rat noir (Rattus rattus). Au regard de leur impact sur la flore et la faune des écosystèmes insulaires méditerranéens, et après 3 études préalables de faisabilité, le Conseil scientifique du Parc national a souhaité réaliser un projet alliant actions de gestion et travaux scientifiques. Basé sur l’éradication des deux EEE, ce programme de restauration écologique a été réalisé par le Parc national, le Conservatoire national botanique méditerranéen de Porquerolles et l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’ecologie marine et continentale (IMBE), avec l’aide de nombreux partenaires.

Ce programme s’est voulu exemplaire au niveau méditerranéen. Il avait pour objectif d’apprécier l’évolution des systèmes naturels insulaires méditerranéens après éradication des griffes de sorcière et du Rat noir, mais également d’évaluer l’impact de telles opérations. Des suivis scientifiques réguliers (tous les ans de 2010 à 2015, puis tous les 2 ans entre 2015 et 2019) ont été mis en place sur 4 compartiments biologiques : flore, entomofaune, herpétofaune terrestres et avifaune (terrestre et marine), avant, pendant et après l’éradication mutualisée des 2 espèces. Cet important dispositif scientifique était destiné à tirer un bilan solide de telles opérations d’éradication.

Un programme fédérateur

Au total, plus de 25 structures ont été impliquées dans ce programme décennal, parmi lesquels les équipes de l’IMBE, les agents du PNPC et du CBNMed mais aussi de nombreux volontaires d’autres structures : le Domaine du Rayol, l’Association Naturoscope, l’Initiative PIM, les plongeurs du Iéro, des volontaires de l’ONF, de l’ONCFS et du CNRS, etc. Les suivis naturalistes ont été opérés principalement par L’IMBE, l’Association DREAM, l’Association Reptil’Var et la LPO PACA. L’INRA de Rennes a fourni les connaissances nécessaires pour mener à bien une dératisation en écosystème insulaire. Ce sont donc plus de 355 personnes motivées qui ont permis la réalisation des actions de terrain, ce qui correspond à près de 2900 journées homme !

De nombreux financeurs ont permis la tenue du programme jusqu’à sa fin : subventions européennes FEDER et Natura 2000, Fondation Total, Naturalia, Région Sud, Société de transport maritime TLV.

Le séminaire de restitution du 5 novembre 2019

Cet évènement s’est tenu à Hyères, en présence de 84 participants (agents du PNPC, universitaires, naturalistes, gestionnaires d’espaces naturels, guides labellisés, collectivités, associations, bureaux d’études, etc) et a donné lieu à 11 interventions au total.

Sept communications ont permis d’approfondir les résultats spécifiques du programme, avec une présentation de l’évolution de chaque compartiment biologique suivi, un exposé sur les conséquences de la dératisation et un autre sur les suites de l’élimination des griffes de sorcière.

Un projet de stratégie de dératisation des îles et îlots provençaux a également été proposé par l’association PIM « Initiative pour les Petites Îles de Méditerranée ».

Une présentation du Centre de ressources national relatif aux espèces exotiques envahissantes du Comité français de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) et de l’Agence française pour la biodiversité (AFB) a également été réalisée. En complément, deux intervenantes étrangères ont exposé pour l’une, une expérience comparable dans l’archipel des Berlengas (Portugal) et pour l’autre, une stratégie de biosécurité pour la protection des oiseaux marins des îles britanniques.

Une séance de posters a également permis de développer les nombreux résultats du programme Bagaud. De plus, deux posters extérieurs au programme ont présenté des contextes similaires d’invasion biologique en écosystèmes insulaires méditerranéens, problématiques liées à la griffe de sorcière et à la fourmi d’Argentine (Linepithema humile).

Par la suite, une table ronde a engendré des échanges très fournis sur les thématiques de recherche et de gestion à envisager en réserve intégrale de parc national. Enfin le Professeur MÉDAIL (IMBE), Président du groupe Terre du Conseil scientifique du Parc national de Port-Cros, a procédé à la clôture du séminaire.

Un bilan encourageant

Le bilan de l’éradication de la griffe de sorcière est plutôt positif : pour l’un des principaux indicateurs de suivi choisis, le nombre de germinations de l’espèce, les résultats montrent une très nette diminution des germinations sur les 10 années, résultant d’un épuisement de la banque de graines du sol.

Le bilan de l’éradication du rat noir est plus mitigé : après 10 ans d’opérations, des traces de présence de l’animal confirment encore sa présence sur l’île. Des corrélations sont encore à faire avec le suivi des espèces d’oiseaux marins nicheurs comme le puffin yelkouan (Puffinus yelkouan), espèce classée « vulnérable » selon l’UICN et nicheur sur l’île pour déterminer l’impact possible du rongeur.

Cette restitution a apporté de très nombreux enseignements, tant scientifiques que pour la gestion future de la réserve intégrale. Le nombre et la diversité des participants a fait écho à celle des partenaires du programme et montré le grand intérêt porté à cette démarche novatrice rare.

Rédaction : Annie Aboucaya, Parc national de Port-Cros, et Cyril Cottaz, Conservatoire botanique national méditerranéen de Porquerolles (CBNMéd)/PNPC
Relecture : Doriane Blottière, Comité français de l’UICN

En savoir plus :

  • Téléchargez les actes numériques du colloque.
  • PASSETTI A., ABOUCAYA A., BUISSON E., GAUTHIER J., MEDAIL F., PASCAL Mi., PONEL P., VIDAL E., 2012. Restauration écologique de la Réserve intégrale de l’île de Bagaud (Parc national de Port-Cros, Var, France) et « état zéro » des suivis scientifiques : synthèse méthodologique. Sci. Rep. Port-Cros natl. Park, 26 : 149-171.
  • KREBS E., BUISSON E., ABOUCAYA A., 2016. Bilan du séminaire scientifique « Résultats du programme de restauration écologique de la réserve intégrale de Bagaud et futur rôle de la réserve dans la recherche sur les changements globaux » Aix-en-Provence, 16 décembre 2014. Sci. Rep. Port-Cros natl. Park, 30 : 269-272.

Cet article est également disponible en : Anglais

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