Veuillez brosser vos chaussures !

Dans un article publié en octobre 2024 sur le site https://especes-envahissantes-outremer.fr/, il était fait état des résultats d’expérimentations menées depuis 2017 à La Réunion sur des stations de biosécurité à destination des usagers des sentiers pédestres permettant d’éviter le transport accidentel de propagules de plantes exotiques envahissantes (PEE) vers des milieux naturels à protéger.

Le nombre de ces installations destinées à rester pérennes dans ce très important objectif de prévention devrait sans doute s’accroître dans les années à venir comme le signalait déjà cet article mais pas seulement sur les outremers français. Une incursion en Amérique du Nord peut apporter des compléments utiles dans ce domaine.

Ainsi que l’indique son site, l’Association nord-américaine de gestion des espèces envahissantes (NAISMA) soutient depuis 2014 les professionnels de cette gestion grâce à des formations, des programmes et actions de sensibilisation et de mise en réseau de professionnels tels que « les gestionnaires des ressources terrestres, les gestionnaires des ressources en eau, les directeurs et le personnel des agences, ainsi que les organisations à but non lucratif« . Le conseil d’administration de cette association rassemble des compétences des Etats-Unis, du Mexique et du Canada en matière de gestion et de recherche sur les espèces envahissantes.

Parmi ses programmes s’en trouve un dénommé PlayCleanGo® Stop Invasive Species In Your Tracks®  ayant pour objectif d’empêcher la propagation  des EEE par les activités de loisirs.

Cette campagne d’information cible des activités récréatives telles que la randonnée, le camping, la navigation de plaisance, la chasse, la pêche, le vélo, etc. et son objectif est de protéger les ressources naturelles « en inculquant une éthique de gestion responsable aux amateurs de loisirs« .

Une des pages du site PlayCleanGo® contribue à cette action en fournissant des conseils de biosécurité concernant plus d’une douzaine d’activités, depuis la randonnée jusqu’au jardinage. Ces conseils classiques mais nécessaires sont complétés par un lien vers  Stop Aquatic Hitchhikers.

Une proposition d’engagement personnel à lutter contre les EEE « Pledge to Stop Invasive Species » comportant la signature d’une charte listant des engagements à propos d’actions et de comportements en lien avec la biosécurité est également accessible sur ce site.

Enfin, dans les informations disponibles, une page au titre explicite « The Power of Boot Brush Stations in Combating Invasive Species » (« Le pouvoir des stations de brossage des bottes ») fait un panégyrique de l’intérêt de ces stations  installées au départ de sentiers menant à des milieux fragiles pour nettoyer débris, graines et terre des chaussures des personnes désireuses d’y pénétrer : un « geste simple peut empêcher l’introduction d’espèces envahissantes dans de nouveaux habitats, préservant ainsi la beauté naturelle et la biodiversité de nos paysages« .

Une carte de localisation de ces stations disponible en ligne permet de se rendre compte de leur nombre et de leur dispersion, pour la plupart sur le territoire des Etats-Unis.

Ce panégyrique se termine par une proposition de commande en ligne d’une station de brossage des bottes pouvant se composer à minima d’un ensemble de brosses et d’un panneau d’information sur support.

Des brosses manuelles à chaussures spécifiques (résistantes à poils durs, pointe métallique solide et manche ergonomique) sont également proposées.

Une courte vidéo de deux minutes quarante présentant l’utilisation de cette station est disponible.

Une recherche sur Internet a permis d’identifier des travaux menés sur plusieurs stations de brossage dans le sud de l’Illinois. Dans une publication de 2011, les auteurs y signalent avoir recensé les espèces exotiques présentes autour des stations et le long des sentiers, et identifié les espèces émergeant des échantillons de graines récupérés. Seules quatre des espèces issues de la banque de graines du sol figuraient sur la liste des 20 espèces envahissantes ciblées étudiées sur le terrain. Ils n’ont pas pu tirer de conclusions précises de leurs investigations car il ne semblait pas y avoir de relation entre les espèces exotiques observées dans les stations et celles observées sur les sentiers.

Un de leurs commentaires est que la majorité des stations présentait une usure importante des brosses pouvant empêcher toute efficacité, ce qui a été également souligné dans un article publié en mars 2020 sur le site de NAISMA se posant aussi cette question.  Cet article constate les usures des brosses et donne des conseils d’entretien régulier pour maintenir ces stations en parfait état, dont, au minimum annuellement, un nettoyage du panneau d’information  et un remplacement des brosses. D’autres interventions sont citées, comme l’enlèvement des déchets pouvant s’accumuler dans la station, de la végétation proche, etc.

Cet article se termine en indiquant que les informations disponibles montrent que « ces stations de brossage des chaussures sont devenues un excellent outil de sensibilisation » sur les EEE en « incitant de nombreuses personnes à agir et à prendre conscience qu’elles ont elles aussi un rôle à jouer pour aider à prévenir la propagation » de ces espèces.

Si cette assertion semble tout à fait recevable, ces constats d’usures des installations doivent cependant amener à prévoir des opérations régulières de leur maintenance en état fonctionnel pour que cette efficacité en matière de sensibilisation des publics ne disparaisse pas au fur et à mesure de dégradations non gérées.

Rédaction : Alain Dutartre (expert indépendant)

Relecture : Camille Bernery (Comité français de l’UICN)

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