Moqueur gorge-blanche (Crédits : Alexandre Villers)
Le Moqueur gorge-blanche Ramphocinclus brachyurus est un oiseau endémique de la Martinique en danger critique d’extinction dont la répartition géographique est restreinte à la presqu’ile de la Caravelle (1000 ha environ). Cet oiseau fait l’objet d’attention depuis de nombreuses décennies en particulier par le Parc Naturel Régional (PNRM). Le projet COGEMIMI porté et réalisé par l’OFB est un projet de recherche appliquée en continuité des travaux réalisés par le PNRM lors du LIFE Biodiv’OM (LPO / 2018-2023). Il apporte un éclairage scientifique à la gestion des prédateurs introduits (Rat noir Rattus rattus, Petite mangouste indienne Urva auropunctata, Opossum commun Didelphis marsupialis) et ses conséquences sur l’unique population du Moqueur gorge-blanche (1).
Plus précisément, l’OFB engage des travaux de recherche appliquée au sein de deux forêts sèches de la presqu’île de la Caravelle (Pointe Rouge et Morne Pavillon), portant sur l’estimation de :
- la densité/abondance de ces prédateurs en saison sèche, ainsi que leur domaine vital, lorsque la reproduction et la ressource alimentaire sont limitées ;
- l’abondance et du succès à l’envol du Moqueur gorge-blanche en présence et en absence de prédateurs dans une approche expérimentale.
Le premier point a pour objectif d’optimiser des opérations de lutte à des fins de réduction drastique de la taille des populations de prédateurs (nombre de dispositifs de piégeage par unité de surface et durée de la lutte). Le second point visera à mesurer l’effet d’une diminution de la pression de prédation sur la population de Moqueur gorge-blanche.
Une première session de terrain a été menée en mars-avril 2024 sur le site de Pointe Rouge, et le dispositif de détection par pièges photographiques (27 stations pour 1666 jours*piège) a montré l’omniprésence des prédateurs incluant la présence de chats harets. Le suivi de la population de Rats noirs sur Pointe Rouge par marquage a révélé de très fortes densités, 40 ± 10 rats/ha associés à une très faible amplitude de leurs mouvements (domaine vital circulaire théorique de rayon : 11 ± 3 m). Pour la mangouste, l’estimation de la densité, bien qu’imprécise en raison d’un nombre de recaptures réduit (18), était de 0,49 ± 0,26 mangouste/ha. Très peu d’opossum ont été capturés, malgré une forte activité devant les pièges photographiques.
En avril-mai 2025, l’analyse du suivi par télémétrie de 16 femelles de mangoustes localisées sur deux sites, Pointe Rouge (n = 9) et Morne Pavillon (n = 11) a montré que, leur domaine vital couvre une surface moyenne de 10 ha, variant fortement entre individus (de 3 à 23 ha). Par ailleurs, la densité en Rats noirs sur Pointe Rouge et sur Morne Pavillon, réestimée lors de cette session, était assez faible < 10 rats/ha, confirmant les fortes fluctuations interannuelles chez cette espèce dans ces habitats tropicaux.
Deux actions à venir en 2026 viseront à caractériser par télémétrie le domaine vital de l’Opossum commun, qui est inconnu pour cette espèce en Martinique (et plus généralement dans son aire de distribution) et le succès de reproduction du Moqueur gorge blanche en présence de prédateurs.
L’ensemble de ces informations permettra dans les années à venir d’élaborer, dans un cadre expérimental, une action de gestion optimale des prédateurs accompagnée d’une collecte robuste des données sur le succès à l’envol des jeunes de Moqueur gorge blanche en l’absence de ces prédateurs.
Manipulation d’une mangouste (Crédits OFB)
Carte des domaines vitaux des femelles de mangoustes (données OFB)
(1) Ce projet bénéficie du concours vétérinaire pour l’anesthésie des animaux du Muséum National d’Histoire Naturelle (DGDREVE et YSIEB).
Rédaction : Jean-François Maillard, Adrien Tableau, Alexandre Villers (OFB – Direction de la Recherche et de l’Appui Scientifique), Benoit Pisanu (DSUED-UAR Patrinat) , Fabian Rateau (OFB -Direction des Outre mer)