Dans la dernière livraison du Bulletin de la Société Linnéenne de Bordeaux Bruno CAHUZAC et Patrick LIOUVILLE (1) nous font part de leur découverte d’une petite plante prostrée aux feuilles opposées de 2 cm de longueur, aux tiges obliques ou couchées ne dépassant pas 15 cm de longueur.
Cette taille réduite et cette conformation très basse la rendent assez peu facile à repérer dans une végétation installée, sauf lorsqu’elle arrive à former des tapis denses dans des milieux ouverts, mais ses caractéristiques morphologiques particulières peuvent attirer le regard d’un botaniste attentif.
Le 7 juin 2025, les auteurs ont observé une « quinzaine de petits pieds regroupés » en bordure de route dans le sud-ouest des Landes, à Saint-Geours-de-Maremne. Une seconde visite, le 28 juillet, a révélé une expansion rapide de la plante, couvrant désormais près de 20 m².
La détermination de l’espèce, absente de toutes les flores de France et d’Europe, a été confirmée par Alan Weakley, professeur à l’Université de Caroline du Nord (USA) et directeur de l’herbier du jardin botanique de cet État.
(1) CAHUZAC B. & LIOUVILLE P., Découverte dans les Landes d’une nouvelle espèce végétale exotique (sans doute nouvelle pour la France entière) : Richardia humistrata (Rubiaceae). Bull. Soc. Linn. Bordeaux, Tome 160, nouv. série n° 53 (3/4), 2025 : 143-150.
Dans cet article très largement illustré de dix excellentes photos de la plante, les auteurs précisent le lieu de leurs observations et fournissent une description très complète de la plante, constituant avec les photos un ensemble tout à fait efficace pour une identification facile.
Ils y donnent également diverses indications sur la répartition mondiale de R. humistrata en notant sa « tolérance écologique élevée » devant conduire à de la vigilance et terminent leur publication en proposant de « considérer dans les Landes cette espèce comme Plante Exotique Envahissante Émergente (à surveiller), pouvant laisser présager un comportement invasif futur« .
Miscellanées
La découverte de cette petite plante jusqu’alors non signalée dans nos contrées européennes nous a conduit à un balayage internet pour en savoir un peu plus sur elle…
Répartition mondiale
Selon la carte de répartition mondiale de l’espèce disponible sur le site du Système mondial d’information sur la biodiversité (GBIF) elle est présente en Amérique du Sud (zone d’indigénat), en Amérique du Nord, en Afrique du Sud et en Australie, des zones d’introduction situées pour une très large part le long ou à proximité des rivages océaniques de ces régions, pour un total de 1087 observations, mais aucune en Europe avant la découverte landaise.
Un examen de la carte de répartition de l’espèce proposée sur le site « Plants of the World Online« des Jardins Botaniques Royaux de Kew montre quelques écarts de localisations avec celle du GBIF, dont deux zones nettement plus étendues sur le continent américain (indigénat en Amérique du Sud et zone colonisée au Mexique) et aucune indication de présence en Australie.
Le réseau iNaturalist, rassemblant 469 observations pour cette espèce, affiche un schéma similaire, auquel s’ajoute une observation récente (2024) en Malaisie, proche de Singapour, suggérant de nouvelles possibilités d’expansion.
Quelques informations à propos de son aire d’indigénat
R. humistrata a fait partie en 2022 d’une actualisation des connaissances taxonomiques sur les 16 espèces du genre réparties du sud-est des États-Unis à l’Uruguay et l’Argentine.
En Uruguay, une fiche agro-pastorale indique que R. humistrata est fréquente dans les champs abandonnés et peut devenir « abondante dans les tapis végétaux clairsemés », occupant des surfaces importantes mais peu consommée par le bétail. L’espèce y est considérée comme un indicateur de pâturages dégradés.
Au Brésil, selon Flora e Funga do Brasil, elle est native mais non endémique. Elle occupe une grande diversité de milieux : zones anthropisées, Caatinga, savanes du Cerrado, prairies, formations rocheuses d’altitude, forêts semi-caduques, etc.
Cette diversité écologique illustre parfaitement la forte amplitude écologique soulignée par les auteurs néo-aquitains.
Informations recueillies dans les zones d’introduction
AFRIQUE DU SUD
La fiche du site « The World Flora Online » liste les habitats où l’espèce est présente en donnant des évaluations de sa dynamique et de son caractère envahissant : « plante dominante dans les communautés surexploitées des prairies, couverture végétale abondante dans le Transkei , en particulier dans les zones où l’érosion des sols est importante, pouvant devenir envahissante ; prairies sous-escarpées, prairies du Drakensberg , fynbos–renosterveld oriental , fourrés d’Albany . Est également indiquée « mauvaise herbe des jardins et des cultures.
Dans la liste des Rubiaceae d’Afrique du Sud, quatre espèces du genre, dont R. humistrata, sont citées, toutes notées « non indigènes, naturalisées ».
La fiche du genre Richardia accessible sur le site « Biodiversity Explorer« , rassemblant toutes les données de biodiversité de l’Afrique « australe », liste ces quatre espèces considérées comme naturalisées avec une seule mention « A cosmopolitan weed » pour R. brasiliensis, beaucoup plus présente en Afrique du Sud et dispersée ailleurs sur le continent africain que R. humistrata. La fiche de « Biodiversity Explorer » cite deux espèces de Lépidoptères Sphingidés (ou Sphinx) migrateurs dont les larves peuvent consommer les feuilles des plantes de ce genre en Afrique du Sud.
L’espèce Hippotion eson (Common Striped Hawkmoth ou Sphinx rayé commun) est largement répandue dans la partie sud du continent africain, à Madagascar et aux Seychelles. Elle est également présente à La Réunion. La répartition de Hippotion osiris (Greater silver-striped hawkmoth ou Deiléphile Osiris) est similaire à celle de la précédente espèce. Cette espèce est cependant capable de migrations accidentelles irrégulières vers l’Afrique du Nord, puis vers Gibraltar et le sud de l’Espagne ou vers le Moyen Orient. Bien que ne parvenant pas jusqu’alors à compléter son cycle biologique en Europe, des recommandations sont formulées sur l’attention à porter à ses migrations pour confirmer une présence définitive en Espagne et en Europe.
Hormis Richardia, les larves de ces deux papillons peuvent consommer les feuilles de respectivement 7 autres genres de plantes pour H. eson et 4 pour H. osiris. Il s’agit en grande partie, de genres de plantes exotiques d’agrément. La vigne (Vitis vinifera), est également citée dans ces deux listes, ce qui explique les recommandations de vigilance espagnoles.
Dans la liste des Rubiaceae d’Afrique du Sud, quatre espèces du genre, dont R. humistrata, sont citées, toutes notées « non indigènes, naturalisées ».
La fiche du genre Richardia accessible sur le site « Biodiversity Explorer« , rassemblant toutes les données de biodiversité de l’Afrique « australe », liste ces quatre espèces considérées comme naturalisées avec une seule mention « A cosmopolitan weed » pour R. brasiliensis, beaucoup plus présente en Afrique du Sud et dispersée ailleurs sur le continent africain que R. humistrata. La fiche de « Biodiversity Explorer » cite deux espèces de Lépidoptères Sphingidés (ou Sphinx) migrateurs dont les larves peuvent consommer les feuilles des plantes de ce genre en Afrique du Sud.
L’espèce Hippotion eson (Common Striped Hawkmoth ou Sphinx rayé commun) est largement répandue dans la partie sud du continent africain, à Madagascar et aux Seychelles. Elle est également présente à La Réunion. La répartition de Hippotion osiris (Greater silver-striped hawkmoth ou Deiléphile Osiris) est similaire à celle de la précédente espèce. Cette espèce est cependant capable de migrations accidentelles irrégulières vers l’Afrique du Nord, puis vers Gibraltar et le sud de l’Espagne ou vers le Moyen Orient. Bien que ne parvenant pas jusqu’alors à compléter son cycle biologique en Europe, des recommandations sont formulées sur l’attention à porter à ses migrations pour confirmer une présence définitive en Espagne et en Europe.
Hormis Richardia, les larves de ces deux papillons peuvent consommer les feuilles de respectivement 7 autres genres de plantes pour H. eson et 4 pour H. osiris. Il s’agit en grande partie, de genres de plantes exotiques d’agrément. La vigne (Vitis vinifera), est également citée dans ces deux listes, ce qui explique les recommandations de vigilance espagnoles.
AUSTRALIE
La fiche présentant l’espèce sur « Atlas of Living Australia » comporte une carte de répartition rassemblant 507 observations localisées pour la quasi-totalité dans des sites côtiers de l’Est de l’Australie. Le réseau iNaturalist Australia y est cité comme un des pourvoyeurs d’informations.
L’espèce est notée comme introduite sur le site des « Plantes du sud-est de la Nouvelle-Galles du Sud » avec une seule mention de répartition précisant « Sites perturbés et bords de routes. Côte et chaînes de montagnes. »
Elle est également indiquée comme introduite et « adventive » sur le site présentant la flore de l’Etat de Victoria au sud de la Nouvelle-Galles du Sud (une seule observation sur un bord de route, le point isolé en bas sur la précédente carte) et comme « mauvaise herbe de sites perturbés » (Weed of disturbed sites) sur un autre site de Nouvelle-Galles du Sud.
Etats Unis
La Flore du Sud-Est des Etats-Unis rappelle l’origine sud-américaine de l’espèce et signale les habitats où elle est installée, soit « zones perturbées, savanes de pins, forêts de pins ». Une carte schématique de répartition est également présentée avec des indications de fréquence selon les états :
L’observation historique dans le New Jersey se situe dans le comté de Camden sur les rives du fleuve Delaware. La fiche indique par ailleurs que « l’espèce a été observée pour la première fois sur la côte du golfe du Mexique en 1941 » mais qu’elle a peut-être été introduite « plus tôt dans cette région par le biais du ballast, comme à Pensacola » (port maritime du Golfe du Mexique). Des parallèles intéressants avec une hypothèse d’introduction maritime en Europe…
Deux publications présentant la biologie et la gestion des espèces de Richardia en Floride, l’une sur diverses productions agricoles, l’autre sur les pelouses et parterres paysagers citent la présence en Floride de quatre espèces de Richardia, similaires en termes d’apparence, de distribution et de mode de croissance.. R. humistrata y est indiquée comme étant la seule des quatre espèces à être vivace. Moins fréquente dans les champs cultivés, elle n’est au final, pas citée dans les problématiques de gestion.
La carte de R. humistrata présente sur le site de l’Atlas des Plantes de Floride montre sa répartition dans quelques comtés côtiers. Les trois autres espèces de Richardia sont à l’inverse largement répandues dans l’état.
Commentaires
Hormis les grandes capacités d’adaptation de cette espèce à des conditions d’habitats très variées, dont des milieux perturbés, ainsi que l’ont noté les auteurs de la publication, il est à remarquer les localisations d’introduction toutes relativement proches de rivages océaniques comportant des installations portuaires, ce qui est également le cas de l’observation dans le Sud-Ouest de Nouvelle-Aquitaine. Dans la fiche de La Flore du Sud-Est des Etats-Unis, les deux citations « d’épaves de ballast » viennent alimenter cette hypothèse d’introductions par voie maritime…
Dans la zone d’indigénat, la « fiche de pâturage » de l’Uruguay montre une dynamique de colonisation de l’espèce dans des pâturages clairsemés et les champs abandonnés, ce qui également signalé en Afrique du Sud, avec même des risques d’envahissement dans les zones de fortes érosions des sols.
En Australie et dans le Sud-Est des Etats-Unis, ces risques semblent être moins évidents, avec des mentions australiennes citant les bords de route et des informations américaines ne montrant pas d’attention particulière à cette espèce, voire même une évaluation d’absence de risque puisque elle est la seule à ne pas être citée parmi les espèces du genre pouvant causer des dommages aux cultures ou aux aménagements paysagers en Floride.
Les informations rassemblées sur l’espèce dans l’article de Bruno CAHUZAC et Patrick LIOUVILLE et dans cette promenade mondiale nous renseignent un peu plus sur les capacités de cette espèce à s’installer dans des milieux favorables mais ne permettent évidemment pas d’évaluation des risques de son installation dans ce premier site européen : une EEE émergente comme le supposent les auteurs de l’article ou une installation éphémère ?
Un suivi de la station landaise, la recherche d’autres stations sur le territoire et une évaluation plus fine du risque d’invasion et des impacts potentiels de cette espèce en France permettraient de débuter une réflexion quant au statut à lui attribuer en tant qu’espèce exotique.
Située en bordure de l’autoroute A63, l’observation s’explique très probablement par une introduction accidentelle, les conditions locales facilitant la dispersion de diaspores (graines, etc.).
Quoi qu’il en soit, une vigilance s’impose quant à l’installation de cette espèce, et l’une des mesures envisageables consiste à éradiquer cette petite population par un arrachage sélectif.
Rédaction : Alain Dutartre (Expert indépendant),
Relectures : Aurélien Caillon (CBNSA), Camille Bernery (Comité français de l’UICN)
Crédits des photos de l’article et en bandeau : Andrés Gonzales