La gestion des terres contaminées par les propagules de plantes exotiques envahissantes : appel à contributions !

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La gestion des plantes invasives passe nécessairement par un traitement approprié des déchets qu’elle génère. En effet, une fois extraites du milieu ou elles sont installées, certaines espèces peuvent conserver leurs aptitudes à se reproduire, que ce soit par les graines ou par bouturage. Dès lors, Il est indispensable de prendre garde aux risques de dissémination inhérents à la manipulation, au transport, au stockage et au processus d’élimination des déchets de plantes exotiques envahissantes issus de chantiers de gestion. En 2014, le Conservatoire d’espaces naturels (Cen) Centre-Val de Loire, dans le cadre du Groupe de travail Plantes invasives (GTPI) qu’il copilote avec le Conservatoire botanique national du Bassin parisien (CBNBP), a mené une étude portant sur la valorisation des déchets verts de plantes exotiques envahissantes issus de chantiers de gestion en milieu naturel, afin de proposer aux gestionnaires des solutions de proximité pour valoriser cette biomasse. Cette première étude a permis d’identifier les plateformes de compostage et les centres de méthanisation potentiellement en mesure de recevoir des déchets de plantes exotiques envahissantes, et de recenser les exploitations agricoles pratiquant le compostage à la ferme. Les acteurs visés ont pour partie été sensibilisés à la problématique (Vial, 2014).

Dans la continuité de ces travaux, un nouvel axe de travail portant sur la gestion des « terres contaminées » par des propagules de plantes exotiques envahissantes fait actuellement l’objet d’une étude. L’objectif principal est d’analyser la possibilité de développer une filière régionale équivalente à celle de la valorisation des déchets pour le traitement des terres contaminées. Pour cela, il est nécessaire d’identifier les possibilités de stockage, de traitement, d’élimination et de valorisation de ces terres. Par ailleurs, des mesures de précaution associées à la manipulation de ces terres lors des interventions de gestion de plantes exotiques envahissantes en milieu naturel pourront également être proposées.

La première phase de l’étude a consisté à dresser l’état des lieux des connaissances sur le sujet. La définition du cadre règlementaire a ensuite été un point important à éclaircir compte tenu du vide juridique existant sur les « terres contaminées ». Il en ressort qu’elles répondent au statut de  « déchet inerte non-dangereux » selon la Directive 2008/98/CE du Parlement européen et du Conseil du 19 novembre 2008 relative aux déchets. Aucun texte réglementaire n’indique le caractère « dangereux » et « pollué » de ce type de déchets. L’étude de la réglementation internationale, et plus particulièrement la règlementation britannique, pourrait permettre de proposer des éléments de cadrage sur la définition et la manipulation des terres contaminées, potentiellement transposables et applicables en France.

Par ailleurs, il apparait également important de travailler sur la requalification du terme « contaminées » pour garantir une meilleure communication sur le sujet auprès des personnes ressources. Ce terme ayant une connotation chimique, il serait utile de pouvoir utiliser une sémantique plus adaptée.

Dans un second temps, un travail de recherche des différentes techniques de traitement de ces terres a été mené et les pratiques les plus couramment utilisées par les gestionnaires ont été identifiées. Il en ressort que ces terres sont généralement enfouies sur site, de 1 m (Crassule de Helms) à 5 m (renouées asiatiques) de profondeur, ou bien tout simplement laissées à l’abandon sur place. Cependant, de nouvelles techniques de traitement ont été mise au point permettant le traitement sur place des terres et donc de limiter leur transport ce qui réduit considérablement les risques de dissémination: il s’agit en particulier du concassage-bâchage et du criblage-concassage, techniques déjà appliquées aux terres ayant abrité des rhizomes de renouées asiatiques. La première méthode consiste à concasser les terres colonisées puis à les recouvrir d’une bâche plastique noire jusqu’à décomposition des rhizomes. La seconde méthode consiste à cribler les matériaux afin de séparer la partie fine (réutilisable) de la partie grossière contenant un mélange de matières minérales et de rhizomes, puis à concasser finement les matériaux contaminés avec un concasseur « adapté ». D’autres techniques restent à explorer et à évaluer, comme par exemple celle consistant à neutraliser le pouvoir germinatif des graines et propagules de plantes invasives par chauffage aux micro-ondes, en cours d’expérimentation (De Wilde et al., 2016, communication non-publiée).

La dernière phase de l’étude, actuellement en cours, consiste à recenser et répertorier les acteurs régionaux impliqués dans la filière, des « producteurs » (gestionnaires d’espaces naturels, collectivités, etc.) aux « transformateurs ». La stratégie consiste à contacter prioritairement les centres de stockage de terres pour d’une part les informer de la problématique EEE, et d’autre part pour permettre d’identifier l’origine et la provenance des terres en leur possession. Le but de cette approche est de pouvoir mettre les différents acteurs impliqués en réseau, de permettre les échanges et d’obtenir des informations sur cette problématique.

Ce travail étant en cours, le Cen Centre-Val de Loire recherche toutes les informations disponibles sur le sujet et invite gestionnaires d’espaces naturels, collectivités, services de l’Etat, entreprises, etc., confrontés à cette problématique, à prendre contact avec les personnes en charge de l’étude afin d’échanger et de contribuer à ce travail.

 

Arnaud Bekale-Nkoghe (arnaud.bekale@cen-centrevaldeloire.org)
Matthieu Trouvé (matthieu.trouve@ cen-centrevaldeloire.org)
Cen Centre-Val de Loire

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Cet article est également disponible en : Anglais

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