Grand lagarosiphon et égéria dans les lacs de Lacanau et de Carcans-Hourtin (33) : évolution de leur répartition et flux de gaz et de nutriments dans les herbiers denses

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Etang Blanc (Landes) colonisé par L. major. A. Dutartre

Les lacs et étangs d’eau douce du littoral aquitain sont le siège de colonisations par différentes plantes aquatiques invasives depuis plusieurs décennies. Parmi elles, le grand lagarosiphon a été observé à partir du milieu des années 60 dans un des lacs puis a progressivement gagné la quasi-totalité de la vingtaine de plans d’eau de ce territoire. Malgré une arrivée plus tardive au début des années 90, égéria s’est installée dans plusieurs plans d’eau dont deux des lacs où elle concurrence fortement lagarosiphon.

Ces deux espèces d’hydrocharitacées font l’objet depuis de nombreuses années d’interventions de gestion dans des sites aménagés ou naturels où leurs herbiers très denses jusqu’en surface viennent gêner les activités de loisirs développées sur ces plans d’eau.

Dans le cadre d’un programme de recherche ” Amélioration de l’évaluation de l’état écologique des lacs aquitains” financé par l’Agence de l’Eau Adour-Garonne, des travaux ont été engagés sur deux types de communautés végétales présentes dans les lacs. Les pelouses littorales amphibies à Lobelia dortmanna et Littorella uniflora, présentant de grands intérêts en termes de valeur patrimoniale et de biodiversité, sont une de ces communautés, l’autre est celle rassemblant les deux espèces d’hydrocharitacées. Cette approche de deux communautés végétales aux caractéristiques biologiques et écologiques éloignées a pour objectif d’évaluer leurs rôles respectifs dans le fonctionnement écologique des milieux.

En ce qui concerne les hydrocharitacées, le rapport [1] présente différents résultats obtenus dans les lacs de Lacanau et de Carcans-Hourtin situés au Nord du Bassin d’Arcachon. Les travaux ont portés sur la répartition des deux espèces et leur évolution entre 2011 et 2014, et sur les flux de gaz et de nutriments dans les herbiers denses de la rive Ouest du lac de Lacanau en 2013 et 2014. Sur ce second point, il s’agit de mesures portant principalement sur l’oxygène dissous et le carbone inorganique pouvant être rejeté dans l’atmosphère sous forme de méthane.

Dans le lac de Carcans-Hourtin des modifications notables sont observables entre 2011 et 2014 dans la répartition de lagarosiphon, seule présente des deux espèces, avec la disparition d’un herbier dense au nord du lac et l’apparition d’un autre dans une anse au sud-ouest, toutefois sans modification significative de la superficie totale colonisée à l’échelle du lac.

Durant la même période, les surfaces totales colonisées par les deux espèces dans le lac de Lacanau ont nettement diminué mais la part relative prise par égéria a augmenté : cette espèce tend à occuper les zones antérieurement colonisées par lagarosiphon (ce phénomène a déjà été observé dans le lac de Parentis-Biscarrosse au sud du Bassin d’Arcachon).

Des évaluations de biomasse réalisées lors de la campagne de 2014 montrent que les biomasses maximales des deux espèces sont de l’ordre de 800 à 1200 g de matières sèches par mètre carré, c’est-à-dire des valeurs parmi les plus élevées pour des plantes immergées.

Ces évaluations de biomasses couplées aux mesures de superficies colonisées permettent d’estimer les biomasses sèches des plantes à l’échelle des plans d’eau soit, par exemple pour le lac de Lacanau, 350 tonnes d’égéria et 67 tonnes de lagarosiphon, et le stockage de carbone ou d’azote dans ces plantes, au total 165 tonnes de carbone et 15 tonnes d’azote.

Les mesures sur les nutriments et les gaz ont été réalisées par des prélèvements réguliers sur des cycles de 24 H en automne, au printemps et en été. Au sein de ces herbiers denses, les eaux présentent des valeurs de pH légèrement acides et des teneurs en carbone inorganique dissous élevées. Les concentrations de nitrates sont très variables et celles en phosphore réactif soluble toujours sous la limite de détection.

Dans deux des herbiers étudiés les concentrations en oxygène dissous restent généralement supérieures à 60 % de saturation durant le cycle de 24 H, y compris en profondeur, ce qui n’était pas attendu. Le troisième herbier présente une hypoxie classique en profondeur.

Les analyses de méthane correspondent à des sursaturations pouvant induire des fuites de ce gaz vers l’atmosphère et donc une contribution à l’effet de serre.

Ces herbiers denses constituent des systèmes de production végétale très efficaces permettant un stockage de carbone important. Une part de cette production s’accumule en profondeur en sédiments aux teneurs en matière organique très élevées pouvant dépasser 40 % dans leurs couches superficielles. Les conséquences de ces apports sédimentaires sur le fonctionnement des plans d’eau restent à évaluer.

Ces travaux ont été poursuivis en 2015 et feront l’objet de rapports ultérieurs.

Alain Dutartre et Cristina Ribaudo, janvier 2016.

[1] RIBAUDO C., JAN G., BERTRIN V., 2015. Interactions entre macrophytes et qualité de l’eau : le cas des isoétides et des exotiques dans les lacs aquitains. Résultats du projet “Amélioration de l’évaluation de l’état écologique des lacs aquitains – 2014″. Rapport Agence de l’Eau Adour-Garonne. Irstea, UR EABX, 40 p.

Cet article est également disponible en : Anglais

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Egeria densa - Emilie Mazaubert
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