Succès de l’éradication de la Fourmi à grosse tête sur Lord Howe Island (Australie)

 In dossiers de la lettre d'information

Pheidole megacephala, ouvrière majeure © John T. Longino

Les fourmis jouent des rôles importants dans les écosystèmes terrestres cependant la présence d’espèces de fourmis invasives peut présenter des impacts extrêmement importants. Originaire d’Afrique, la Fourmi à grosse tête, Pheidole megacephala, en anglais African big-headed ant (ABHA), est considérée par l’UICN comme l’une des 100 espèces les plus envahissantes du monde (Lowe et al., 2017). Prédatrice plutôt agressive malgré sa petite taille, elle peut entrainer un important déclin des espèces indigènes, en particulier d’invertébrés. Ces perturbations des communautés faunistiques et sa consommation de graines peuvent également engendrer des impacts sur les peuplements végétaux. Elle est l’une des six espèces de fourmis classées en priorité nationale pour l’Australie (voir notre article au sujet de la gestion des Fourmis de feu).

L’espèce aurait été introduite au début des années 1990 sur l’île Lord Howe par l’intermédiaire du transport de matériaux contaminées (terres, plantes, matériel de construction). Cette île volcanique de 15 km2 est située dans la mer de Tasman (sud-est de l’Australie), à environ 570 km au large des côtes de Nouvelle-Galles du Sud. Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1982, elle est peuplée de nombreuses espèces endémiques de faune et de flore, bien que plusieurs espèces aient disparu à la suite de l’arrivée des premiers colons et de l’introduction de rats sur l’île. Environ 350 personnes y résident de manière permanente.

Pheidole megacephala, ouvrière mineure © John T. Longino

Formellement identifiée en 2003, la Fourmi à grosse tête y était alors présente uniquement dans les zones urbanisées de l’île. Le gouvernement australien a aussitôt engagé un plan d’éradication afin d’éviter leur dispersion dans les espaces naturels de l’île. Le Lord Howe Island Board (LHIB), conseil d’administration ayant autorité sur l’île, a reçu des fonds du gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud pour mener à bien ces opérations et, en 2005, Ben Hoffman, du Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation (CSIRO), a été chargé de mener ce projet et d’élaborer une stratégie d’action. La cartographie de  sa répartition a été facilitée par la capacité de l’espèce à former des super-colonies : les reines ne volent pas et s’établissent dans la continuité de la première colonie. En l’absence de nouveau transport par les activités humaines la localisation de ses colonies est donc relativement prévisible.

L’insecticide utilisé (Amdro®) est à base d’hydraméthylnone. Toxique pour les poissons et invertébrés aquatiques, il n’est appliqué que par temps sec et chaud (24 à 30°C). Il ne présenterait qu’une faible toxicité pour les vertébrés terrestres et se dégrade rapidement en composés non toxiques une fois exposé à la lumière. Des impacts négatifs sur les espèces sauvages indigènes n’ont pas été signalés. Les méthodes d’application de l’insecticide sont détaillées dans le plan d’éradication.

La première utilisation de cet insecticide a été réalisée sur une zone test en 2006, puis deux interventions ont eu lieu en 2008 et 2011sur les zones cartographiées de présence de l’espèce. Les suivis ont par la suite montré que ces opérations n’avaient pas suffi à éradiquer l’espèce.

Un nouveau plan a alors été mis en place en 2013, toujours sous l’expertise du Dr Hoffman. L’analyse des lacunes et les imperfections des opérations antérieures (manque d’expertise des agents sur le terrain, planning inadapté aux conditions météorologiques, biais dans l’établissement des cartographies, manque de moyens financiers) a permis d’améliorer l’efficacité de la méthode remise en place. Ainsi, la dernière colonie a été détruite en 2016. Deux années de suivi n’ayant pas permis d’observer des indices de présence de l’espèce, celle-ci elle a été officiellement déclarée éradiquée en novembre 2018. En parallèle, les mesures de biosécurité sur l’île ont été renforcées afin d’éviter toute nouvelle colonisation.

Rédaction : Doriane Blottière, Comité français de l’UICN.
Relectures : Emmanuelle Sarat, Comité français de l’UICN, Alain Dutartre, expert indépendant.

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