Dans le numéro 9 de juin 2026 de la revue HYDROMAG, « La revue de l’aménagement et de l’entretien des environnements aquatiques« , présentant plusieurs articles portant sur différents aspects de la gestion de milieux aquatiques, deux d’entre eux concernent des plantes exotiques envahissantes qui ont déjà largement fait l’objet d’informations diffusées par le CDR EEE. Le premier porte sur des interventions dans un plan d’eau d’un hectare situé dans le parc urbain Léo-Lagrange à Reims fortement colonisé par Myriophyllum heterophyllum, le second sur des travaux de restauration de certains secteurs de rive de la basse vallée du Don en Loire Atlantique destinés à réguler la colonisation de cette partie du cours d’eau par Ludwigia grandiflora.
Plan d’eau du parc Léo-Lagrange (REIMS, 51) (pages 23 à 25)
Intitulé « Quand le changement climatique redessine la gestion des plans d’eau : vers une gestion adaptative et intégrée« , cet article présente un programme d’intervention concernant ce plan d’eau fortement colonisé depuis plusieurs années par Myriophyllum heterophyllum. Pour résoudre cette situation, la ville de Reims a fait appel à une entreprise locale du paysage pour mettre en œuvre une « gestion intégrée du lac » destinée à « contenir l’espèce envahissante, restaurer les équilibres biologiques et, maintenir les usages récréatifs et paysagers » de ce plan d’eau urbain pour en préserver la qualité et l’attractivité.
La liste des techniques appliquées dans cet objectif de gestion intégrée citée dans l’article comporte « arrachage ciblé, faucardage régulier, traitement au printemps et à l’automne de la vase organique, application mensuelle d’un colorant naturel en période de croissance, aération du milieu« .
L’article est illustré de plusieurs photos présentant le milieu et les interventions en cours. Il est à noter que, comme le montrent trois des photos, les engins amphibies utilisés extraient des masses de plantes pour venir les déposer sur certains points des rives, ce qui permet de réduire temporairement la biomasse présente dans le plan d’eau, sans pouvoir intervenir sur le développement ultérieur de l’espèce, aux capacités de colonisation maintenant bien connues, à partir des nombreux fragments de tiges qui peuvent être abandonnés dans les eaux après les passages des paniers de ramassage.
Par ailleurs, le recours à des interventions combinées rend très difficile sinon impossible toute interprétation de l’efficacité individuelle de chacune d’entre elles. De telles interventions réalisées de manière synchronisées sur cette espèce ont déjà été développées récemment sur deux sites en milieu canalisé, dans la Somme et en Côte d’Or, avec la même difficulté de conclusion sur ces questions d’efficacité.
Une des photos de la page 23 montre une application de craie « pour limiter l’accumulation de vase organique et améliorer la qualité du milieu ». Il s’agit d’une technique présentée dans des documents commerciaux depuis quelques décennies comme efficace pour réduire les teneurs en matières organiques des sédiments par les effets d’apports de calcium mais, à notre connaissance, les données scientifiques disponibles ne permettent pas de conclure à des effets significatifs. Ce sujet avait d’ailleurs fait l’objet d’un encadré pages 152 et 153 du premier volume du Guide pratique de gestion sur les « Traitements des sédiments pour l’inactivation des nutriments ou la réduction des teneurs en matières organiques » à la suite d’un bilan des connaissances établi à la fin des années 90. Aucun bilan scientifique actualisé ne semble avoir été réalisé depuis qui permettrait de modifier cette conclusion.
De même, ainsi que le montre une photo page 24, l’application de colorant pour réduire la lumière transmise dans les eaux empêchant le développement des plantes, n’a, à notre connaissance, pas encore fait l’objet d’une validation scientifique de son efficacité. Si cette couleur attractive des eaux dans un parc urbain est d’un agrément qui peut être partagé, les travaux récents sur cette technique et cette espèce qui ont fait l’objet d’articles mis en ligne sur le site du CDR EEE ont seulement permis de conclure à la nécessité de réalisation ultérieure d’expérimentations spécifiques pour en arriver à l’établissement d’un bilan valide d’efficacité de cette technique.
Au final, si cet article présente effectivement les intérêts potentiels d’une telle « démarche globale » s’intégrant dans un « programme d’entretien durable« , il est regrettable qu’aucune information sur les résultats effectivement observés dans le milieu après de telles interventions combinées n’y figure (réduction de la densité des herbiers ou de la superficie colonisée, par exemple), ce qui aurait alors permis d’en apprécier au moins l’efficacité « globale ». Il reste à espérer que des informations futures sur la poursuite de ces interventions de gestion et les résultats obtenus permettront d’obtenir une telle appréciation.
Restaurer la basse vallée du Don face à la jussie (44) (pages 34 à 35)
Depuis plus de vingt ans, la basse vallée du Don, un affluent rive gauche de la Vilaine, située sur les communes de Massérac et Avessac en Loire-Atlantique, est confrontée à des développements très importants de jussie (Ludwigia grandiflora). Présente sur le cours d’eau depuis 1997, l’espèce s’est assez rapidement installée dans une partie du cours large et peu profonde, en y formant des tapis végétaux très denses ralentissant les écoulements. Hormis les dommages à la biodiversité locale, ses herbiers ont alors constitué de fortes contraintes pour les usagers de la rivière, notamment pour la pêche et la navigation de loisir.
Pour tenter de réguler ces colonisations, le syndicat Chère Don Isac (SCDI) a mis en œuvre depuis 2003 des interventions régulières d’extractions de ces plantes comportant des arrachages mécaniques et manuels. Ainsi que l’indique l’article, « si ces interventions ont permis de maintenir et préserver certains secteurs du Don, elles se sont révélées coûteuses et peu efficaces sur les zones fortement colonisées« , avec, au cours de ces vingt années, un total de dépenses dépassant 700 000 €, « sans parvenir à enrayer durablement la dynamique d’expansion de la plante« .
Ce constat a conduit le SCDI à faire évoluer cette stratégie de gestion en agissant directement sur la morphologie du lit dans ce secteur du cours d’eau et plus seulement par ces opérations répétées d’arrachage. Inscrite dans le dans le cadre du contrat territorial Eau 2023-2025, cette action a débuté en 2023, pour une période expérimentale de 3 ans (2023–2025).
Elle a été précédée d’une étude de diagnostic et de propositions confiée en 2021 et 2022 à un bureau d’étude. Cette étude préalable permettant d’analyser l’état de cette partie du cours d’eau et d’identifier les secteurs les plus sensibles aux développements de la jussie a débouché sur des propositions de restauration morphologique du cours.
Ainsi que le précise l’article, ces propositions se sont inspirées de travaux similaires réalisés à partir de 2015 dans un tronçon de la rivière Cisse en Indre-et-Loire par le syndicat mixte du bassin de la Cisse. Cet aménagement avait fait l’objet d’un retour d’expérience figurant dans le répertoire d’exemples mis en en place dans le cadre du réseau TMR (Techniciens médiateurs de rivières) du CPIE Val de Gartempe.
Ainsi que le montrent les deux photos « avant et après travaux » de la page 35, la méthode mise en œuvre, confiée à une entreprise expérimentée dans ce type de chantier, comporte l’installation d’une double rangée de pieux (en l’occurrence ici en châtaignier), entre lesquelles sont fixés des fagots de branchages de saules, réduisant les surlargeurs du cours d’eau. Leur mise en place a recours à une barge munie d’un bras hydraulique pour enfoncer les pieux. À l’arrière de ces ouvrages, des boutures de saules ont été plantées pour participer à la création d’une ripisylve pouvant limiter l’ombrage sur le cours. Ces aménagements permettent de réduire fortement la largeur du cours d’eau, y augmentant les vitesses de courant pouvant alors limiter l’implantation des jussies.
L’article précise les caractéristiques de ces aménagements (près de 500 mètres de linéaire, 5 300 pieux en châtaignier, « environ 4 000 boutures de saules » et « plus de 10 500 fagots » installés), et les budgets totaux d’environ 300 000 €, qui leur ont été consacrés, avec la répartition des financements de l’agence de l’eau Loire-Bretagne, de la Région Pays de la Loire, du Département de Loire-Atlantique et du Syndicat. Il indique également que le Syndicat « travaille à la recherche de financements complémentaires afin de poursuivre l’action à partir de 2026, avec l’objectif d’inscrire ces travaux dans le prochain programme de territoire 2027-2029. »
L’article se termine en soulignant l’importance des échanges et des approches collectives de la gestion des EEE en rappelant la tenue en juin 2025 d’une Journée technique organisée sur le sujet par le conservatoire des espaces naturels des Pays de la Loire et le Syndicat.
Cette réalisation technique a également fait l’objet en juillet 2025 d’un article en ligne « La renaturation, une nouvelle approche de lutte contre la jussie en basse vallée du Don (44) » mais son intérêt a été récemment tout à fait concrétisé par son choix parmi les 16 lauréats nationaux du 3e appel à projet porté en partenariat avec le Fonds MAIF pour le vivant par le programme d’action national porté par CDC Biodiversité et le Fonds Nature 2050. Cette toute nouvelle actualité précise que « cet accompagnement financier va permettre au syndicat de poursuivre les travaux engagés sur la Basse Vallée du Don depuis 2023 sur les 4 prochaines années« .
N.B. : Cet article est consacré à une réalisation technique ciblant la jussie mais, ainsi que l’explique la page du site du syndicat consacré à la gestion de plantes exotiques envahissantes, il est aussi confronté à la colonisation d’autres EEE (animales comme ragondin, rat musqué, écrevisse américaine, écrevisse de Louisiane et végétales comme l’Élodée dense, l’Elodée du Canada, le Myriophylle du Brésil et la Crassule de Helms…) et aux nécessités de gestion de certaines d’entre elles (en plus des Jussies, le Myriophylle du Brésil et la Crassule de Helms).
Ces colonisations végétales ont également été des objets d’études et de recherches menées depuis le début des années 2000 par un laboratoire de l’INRA, Agrocampus Rennes, à l’époque « Ecologie et Santé des Ecosystèmes ». Divers travaux ont porté sur ces développements de jussies, leur écologie, leurs impacts sur le milieu, leur production de biomasse et les possibilités de leur gestion. Ils sont en particulier venu alimenter un document de synthèse sur les jussies produit en 2007 dans le cadre du programme INVABIO mis en place par le Ministère chargé de l’Environnement de 2000 à 2006.
Commentaires
Dans l’ensemble des informations mises en ligne par le Centre de Ressources EEE depuis sa mise en fonctionnement, une part importante a toujours été consacrée à une mise à disposition d’exemples de gestion de diverses espèces de flore et de faune causant des dommages à la biodiversité et aux usages humains dans des sites particuliers. En complément d’articles à caractère opportuniste, comme ce présent texte lié à une récente publication, le recueil de retours d’expériences (REX) faune et flore à l’élaboration se poursuivant depuis plus d’une décennie est également une base d’informations facile d’accès pouvant permettre à toute personne intéressée de compulser ces exemples pour en tirer des réflexions utiles et des contacts éventuels pour les poursuivre.
Cependant, pour toutes ces productions à la disponibilité permanente pour tout public, un effort continu est fait pour faire état de connaissances validées s’appuyant sur des données techniques et scientifiques et sur des avis des gestionnaires concernés (chaque REX étant une corédaction en partenariat). Les deux exemples de cet article exposent les techniques mises en œuvre pour tenter de réguler des développements trop importants d’une plante, en en précisant les modalités.
Certaines de ces techniques régulièrement présentées comme efficaces et mises en œuvre par des sociétés commerciales, en l’occurrence ici applications de craie et de colorant, restent toutefois dépourvues de toute validation technique et/ou scientifique jugée suffisante pour qu’elles puissent faire partie de la gamme des possibilités de gestion effectivement proposée par le CDR. Il est regrettable que leur mise en œuvre puisse se poursuivre dans différentes situations sans qu’aucun suivi appliqué en parallèle en permettant la validation ne soit disponible pour justifier les dépenses qu’elles occasionnent.
Rédaction : Alain Dutartre (Expert Indépendant)
Relecture : Camille Bernery (Comité français de l’UICN)