La Laitue d’eau, encore !

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En cette fin d’année 2016, la laitue d’eau (Pistia stratiotes) semblait se plaire aussi en un lieu assez éloigné de son occupation récente d’un contre-canal du Rhône dans le département du Gard (voir l’article sur le sujet sur le site IBMA).

En effet, elle s’était installée depuis le mois d’août dans un petit plan d’eau de Loire-Atlantique. L’espèce a progressivement colonisé 30 % de la superficie de ce plan d’eau avant d’en être évacuée par les pluies de début novembre.

Localisation et configuration du site.

Situé dans la commune de Saint-Aubin-des-Châteaux, l’étang du Bas du Tertre est installé sur le cours de la rivière Chère, affluent rive gauche de la Vilaine d’un linéaire de 65 km. Datant de 1991, ce plan d’eau d’une superficie d’environ 1,1 ha présente une profondeur maximale de 1,85 m et une profondeur moyenne d’1 m. Le niveau de ses eaux est constant car régulé par un seuil fixe. Son environnement immédiat est mixte avec de la forêt en rive droite et prairie en rive gauche. Il est très proche du village.

Vue de l’étang. P.-A. Poiron

Des laitues d’eau y ont été observées depuis août, le colonisant progressivement. Un barrage filtrant destiné à les confiner dans le plan d’eau y a été installé par les services communaux mais il n’a été que partiellement efficace puisque les pluies de début novembre ont entraîné les plantes vers l’aval. Selon Pierre-André Poiron, technicien de rivière du Syndicat mixte pour l’aménagement du bassin versant de la Chère (http://www.syndicatdelachere.fr/) qui nous a contacté pour obtenir des informations sur cette plante qu’il observait pour la première fois sur le cours d’eau, des plantes éparses évacuées ont été observées jusqu’à environ 1 km en aval de l’étang à la suite de l’épisode pluvieux de début novembre. Ensuite, jusqu’à mi-décembre, seules quelques plantes échouées ont été observées à l’aval immédiat de l’étang et, depuis les épisodes de gel prononcé fin 2016, aucune plante n’y est plus présente.

La présence de laitue d’eau n’est pas surprenante dans la région. Comme dans d’autres parties du territoire métropolitain, elle y apparaît en milieu naturel de manière assez régulière mais toujours éphémère, ne produisant généralement pas de populations importantes issues de plantes probablement échappées de bassins ornementaux. Ce qui explique partiellement le peu d’informations actuellement disponibles sur son extension potentielle. Dans la présente situation, elle a eu plusieurs semaines pour se développer dans un milieu favorable et une des photos transmises par Pierre-André Poiron montre bien la production de plantes « filles »illustrant une dynamique de développement encore fonctionnelle tard durant l’automne.

Vue de l’étang, 11 novembre 2016. P.-A. Poiron

Il est difficile d’établir un pronostic sur les éventuelles suites de ce développement au cours de l’année 2017 : disparition totale des plantes produites en 2016 (gel des plantes survivantes dans le plan d’eau ou plantes entraînées à l’aval) ou maintien (très peu probable) de plantes dans des biotopes protégés du froid et du courant. Toutefois, compte-tenu des capacités de production de cette espèce, de la rapidité de son installation et de son extension en milieux favorables dès que les conditions de température et d’ensoleillement lui conviennent, il semble nécessaire qu’une attention particulière lui soit porté, en général au niveau régional, et en particulier dans le site où a eu lieu ce développement notable.

En effet, même si les plantes produites dans l’étang de Saint-Aubin-des-Châteaux sont apparemment de tailles plus réduites que celles du Gard (les photos transmises semblent le montrer), elles n’en étaient pas moins capables de développer des plantes « filles » et donc de montrer une croissance indéniable. Comme, pour le moment, les données sur les capacités de production de graines en milieux naturels par ces plantes dans de telles conditions environnementales sont rares (mais il est déjà connu les graines produites sont susceptibles de résister au gel), la prudence devrait conduire à une surveillance particulière de cette espèce et à des interventions organisées sur les éventuelles colonisations qui pourraient se produire durant l’été.

 

Alain Dutartre (expert indépendant), Pierre-André Poiron (Syndicat mixte pour l’aménagement du bassin versant de la Chère, Emmanuelle Sarat (UICN France), 13 janvier 2017.

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Cet article est également disponible en : Anglais

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