L’abeille domestique n’est pas la seule proie du frelon asiatique

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Le Frelon à pattes jaunes, Vespa velutina, est un frelon exotique envahissant originaire d’Asie, dont la présence en France a été signalée pour la première fois dans le Lot-et-Garonne par Haxaire et al. (2006). Les individus acclimatés en France appartiennent à la variété nigrithorax, dont la coloration est à dominante brune. Ils sont issus de quelques femelles fondatrices qui auraient été introduites en 2004, transportées accidentellement avec des poteries importées de Chine par un horticulteur du Lot-et-Garonne (Arca et al. 2015). L’insecte s’est depuis largement répandu et il est aujourd’hui présent dans presque tous les départements de France métropolitaine (Rome, 2021).
Il s’agit d’une espèce concernée par la règlementation européenne relatives aux espèces exotiques envahissantes (Règlement d’exécution 2016/1141 et Arrêté du 14 février 2018), en raison de ses impacts négatifs sur les écosystèmes et des risques sanitaires que sa présence peut occasionner.

Comme l’indique l’analyse de risque produite par le groupe de travail britannique Non native species (Marris et al., 2011), l’impact des frelons asiatiques sur l’abeille domestique peut être direct : par la prédation des abeilles ouvrières adultes. En Asie, Vespa velutina est d’ailleurs considéré comme un redoutable ennemi des ruchers (Shah & Shah, 1991 ; Ken et al., 2005). Les frelons asiatiques ont également des effets indirects sur la santé des abeilles mellifères : lié au stress généré par leur présence en vol stationnaire devant les ruches, qui entraine une réduction du temps passé par les abeilles à l’extérieur pour les récoltes de nectar et de pollen, et à la fatigue lié à la défense de la ruche (Requier et al., 2019, Leza et al. 2019, Builles, 2008[1]).

L’analyse de risque indique également que les frelons asiatiques présenteraient des risques supplémentaires pour les pollinisateurs sauvages, tels que les bourdons, susceptibles d’avoir un effet négatif supplémentaire sur la production agricole.

Toutefois, malgré de nombreuses études et un impact reconnu sur les abeilles domestiques, le régime alimentaire du frelon asiatique est encore peu connu dans les régions colonisées d’Europe et peu de données sont disponibles sur ses autres proies et son impact réel sur la biodiversité.

Pour tenter de combler ces insuffisances, une étude scientifique (Rome et al., 2021) portant sur le régime alimentaire de cet insecte est parue dans les Annales de la Société entomologique de France.

Étude des habitudes alimentaires de Vespa velutina en Europe

L’activité de 16 colonies de frelons asiatiques a été suivie par une équipe réunissant des chercheurs de l’Institut de Systématique, Évolution et Biodiversité (Muséum national d’Histoire naturelle, CNRS, Sorbonne Université, EPHE, Université des Antilles), de l’Unité Patrimoine Naturel (OFB, Muséum national d’Histoire naturelle, CNRS), de l’Institut d’Écologie et des Sciences de l’Environnement (Sorbonne Université, CNRS, INRAE, IRD, UPEC), et du Centre d’Ecologie et des Sciences de la Conservation (Muséum national d’Histoire naturelle, CNRS, Sorbonne Université).

Capture au filet des proies du frelon asiatique – Quentin Rome, MHNH

En se postant à l’entrée des nids avec un filet, les chercheurs ont intercepté 12 200 frelons et leur ont dérobé 2 151 proies. En combinant des analyses morphologiques et génétiques, l’étude a démontré que Vespa velutina capture des abeilles domestiques (38,1 %), des mouches (29,9 %) et des guêpes sociales (19,7 %), ainsi qu’un large spectre d’autres arthropodes (au moins 159 espèces). Les proies varient également selon l’environnement du nid : les colonies urbaines chassent plus d’abeilles domestiques, tandis que les forestières attaquent davantage de guêpes sociales.

Le frelon asiatique capture ces insectes pour nourrir ses larves. Il en confectionne une boulette riche en protéines. Aussi, en comparant le poids sec de ces boulettes à celui des larves du frelon asiatique, et en tenant compte de la dynamique de la colonie, les chercheurs ont estimé qu’en une saison (de mars à octobre) une seule colonie de frelons asiatiques consomme en moyenne 11,32 kg d’insectes.

Ces résultats suggèrent donc que Vespa velutina est un prédateur généraliste et opportuniste qui cible surtout les proies localement abondantes. Son impact sur la plupart des espèces sauvages resterait donc limité.

Aussi, les tentatives de régulation des populations de frelons asiatiques, souvent réalisées à l’aide de pièges peu sélectifs capturant de grandes quantité et diversité d’insectes, pourraient finalement avoir un impact beaucoup plus important sur l’entomofaune que le frelon asiatique lui-même.

Précautions et préconisations liées au piégeage printanier

En raison de son impact sur l’entomofaune, le piégeage est déconseillé en dehors de la participation à un programme de recherche. La note de service du Ministère de l’Agriculture (DGAL/SDSPA/N2013-8082) donne ainsi pour préconisation :

  1. éviter le piégeage préventif et printanier (effets sur d’autres espèces, efficacité non prouvée),
  2. piéger uniquement au niveau des ruchers, du mois de juin à la fin de la période de prédation (généralement octobre-novembre),
  3. détruire les nids le plus tôt possible, du printemps à la mi-novembre.

Si, vous voulez tout de même piéger, il est recommandé de :

  • Proscrire les pièges cloches ou bouteilles, car leur sélectivité semble particulièrement mauvaise, même avec des adaptations. Favorisez les pièges dit « boite à cônes ».
  • Privilégiez un maillage régulier (tous les 350 m) à moins d’1 km de ruchers qui ont subi des pertes l’année précédente (ITSAP, 2021).
  • Surtout, vérifiez régulièrement le contenu de vos pièges pour les retirer si vous observez trop de captures d’autres espèces. Vous pouvez nous communiquer les photos de vos contenus de pièges, avec les insectes séparés les uns des autres, et en précisant le type de piège et l’appât, via notre formulaire de signalement ou notre application INPN Espèces (pour l’identification de chaque spécimen indépendamment).
  • Une évaluation du Jabeprode® est également en cours, téléchargez le protocole et contactez le MNHN pour y participer.

En alternative au piégeage :

Une étude de Requier et al., 2020, a montré qu’en posant un grillage d’une maille suffisamment fine pour empêcher ou gêner les frelons asiatiques dans leurs attaques à l’entrée de la ruche, cela réduisait la paralysie des ruches de 80 % et augmentait ainsi leur survie de 51 % en cas de forte présence en frelons. Non-létale, cette méthode n’entraîne aucun impact environnemental et pourrait donc être utilisée par les apiculteurs pour lutter contre les frelons asiatiques sans impacter la biodiversité.

 

Rédaction : Quentin Rome, UMS PatriNat et Madeleine Freudenreich, Comité français de l’UICN

Relectures : Alain Dutartre, expert indépendant

 

Pour en savoir plus :

Autres articles du CDR EEE au sujet du Frelon à pattes jaunes :

 

 

[1] Builles, S. (2008) Sus au Frelon asiatique (Vespa velutina Lepeletier (Hymenoptera: Vespidae)). Bull. Soc. Linnéenne Bordeaux, 36(3), 243-248

Cet article est également disponible en : Anglais

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