Présence de la Grenouille rieuse et de la Tarente de Maurétanie dans l’île du Levant (Var)

 In A surveiller de près

Grenouille rieuse © G. Deso

La Grenouille rieuse (Pelophylax ridibundus) et la Tarente de Maurétanie (Tarentola mauritanica) ont été découvertes sur l’île du Levant en novembre 2017, au cours de repérages d’habitats potentiels pour le Discoglosse sarde (Discoglossus sardus), seul amphibien autochtone de l’île (Deso et al., 2018). La présence de ces deux espèces dans cette île méditerranéenne est préoccupante pour les espèces d’herpétofaune indigènes de ce milieu insulaire.

Lors des prospections, trois individus adultes de Grenouille rieuse ont été observés dans les bassins de deux propriétés privées, et un individu adulte de Tarente de Maurétanie a été découvert lors de l’inspection de fissures dans la roche en périphérie des zones habitées.

En France, Pelophylax ridibundus est considérée comme autochtone dans l’Est du pays, autour du lac Léman et le long de la vallée du Rhône mais l’expansion de l’aire de répartition de cette espèce est en cours, vraisemblablement à partir de populations autochtones et renforcée par des introductions volontaires en relation avec les activités humaines (Pascal et al. 2006), et elle est désormais présente sur la majeure partie du territoire (Duguet & Melki, 2003). Sur l’île du Levant, un particulier a déclaré l’avoir intentionnellement introduit dans les bassins de son jardin vers 2010. L’introduction de grenouilles vertes du genre Pelophylax en milieu insulaire méditerranéen est connue pour avoir un impact sur les communautés locales d’amphibiens, par compétition et prédation (Santos et al., 2015). La présence de la Grenouille rieuse sur l’île du Levant pourrait ainsi affecter la population locale du Discoglosse sarde Discoglossus sardus, un amphibien menacé dans les trois îles d’Hyères (UICN France et al., 2015 ; Marchand et al., 2017).

Tarente de Maurétanie © G. Deso

La Tarente de Maurétanie, gecko dont la répartition s’étend sur tout le pourtour méditerranéen, est en forte expansion en métropole depuis plus de 30 ans. Présente également en Corse, l’espèce y aurait été introduite bien avant l’époque Romaine (Pascal et al., 2006). Réputée anthropophile, cette espèce est connue pour être transportée involontairement, par exemple via des matériaux de construction. Elle a colonisé des villes excentrées de son aire de distribution, comme par exemple Toulouse depuis 1988 (Defos du Rau & Crochet, 1994), ou l’île de Porquerolles, proche de celle du Levant (Astruc et al., 2014) où il semblerait qu’elle remplace progressivement un reptile indigène, l’Hémidactyle verruqueux (Hemidactylus turcicus) (Astruc et al., 2014). La compétition entre ces deux espèces a également été documentée sur l’île de Hvar en mer Adriatique (Lisicic et al., 2012). Sur le Levant, la Tarente pourrait menacer non seulement l’Hémidactyle mais également un autre reptile indigène, le Phyllodactyle d’Europe (Euleptes europaea). L’historique de son introduction est en cours d’étude au moyen des registres photographiques des habitants de l’île.

Des évaluations de la distribution de ces deux espèces introduites dans les îles d’Hyères sont en préparation, et permettront d’envisager des mesures de gestion permettant de limiter leur impact sur les amphibiens et reptiles indigènes des îles. Il apparaît également nécessaire de renforcer la prévention et la sensibilisation des habitants de ces îles à l’introduction d’espèces exotiques afin de préserver les écosystèmes insulaire de France métropolitaine.

Ces découvertes mettent également en question le statut d’espèces autochtones d’une partie du territoire français continental mais non présentes sur les îles bordant la métropole, qui doivent alors y être considérées comme introduites et potentiellement envahissantes (Essl et al. 2018). De plus, en raison des caractéristiques environnementales spécifiques des îles, la compétition entre espèces au détriment des espèces indigènes pourrait être plus marquée que sur le continent.

Rédaction : Grégory Deso, Marie-Claire Gomez, Pauline Priol, Frédéric Capoulade et Rémi Duguet , Association Herpétologique de Provence Alpes Méditerranée
Relectures : Doriane Blottière et Emmanuelle Sarat, Comité français de l’UICN, Alain Dutartre, expert indépendant, Benoit Pisanu, UMS Patrinat-MNHN

Références bibliographiques :

Cet article est également disponible en : Anglais

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