Sur la présence en France du Cerf muntjac

 In A surveiller de près

Petit cervidé originaire de Chine, le Cerf muntjac ou Muntjac de Reeves (Muntiacus reevesi) introduit en Europe au début du 20ème siècle s’est depuis échappé de différents parcs d’ornement. Les impacts écologiques et économiques des populations établies en milieux naturels au Royaume-Uni ont conduit la Commission européenne à l’inscrire sur la liste des espèces préoccupantes à l’échelle de l’Union. Depuis quelques années, il est régulièrement observé en milieux naturels en France. Afin d’améliorer les connaissances sur cette espèce et d’apporter des éléments techniques sur sa gestion, un bilan de sa répartition est en cours de réalisation par l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS).

Cerf muntjac © M. Terlin

Ce cerf de petite taille (50 cm au garrot et poids compris entre 12 et 18 kilogrammes) est souvent confondu avec de jeunes chevreuils. Son allure voutée et ramassée, causée par des pattes postérieures plus longues que les antérieures, est caractéristique. Comme chez la plupart des cervidés, les mâles arborent des bois : ceux-ci sont simples et constitués d’un unique andouiller. Le Cerf muntjac présente une autre particularité : il est pourvu de longues canines supérieures que l’on peut parfois apercevoir dépassant de la commissure des lèvres. Comme chez d’autres cervidés asiatiques, l’Hydropote (Hydropotes inermis) et le Cerf huppé (Elaphodus cephalophus), ces canines constituent un moyen de défense ou d’agression pouvant infliger des blessures mortelles lors de combats entre individus.

Ses possibilités de reproduction présentent également une particularité. En effet, mâles et femelles ne rencontrent pas de période de reproduction définie et peuvent donc s’accoupler toute l’année. La maturité sexuelle est précoce, les femelles peuvent se reproduire dès l’âge de 7 – 8 mois et donner naissance à un 1 ou 2 faons au bout de 7 mois de gestation. La femelle est de nouveau réceptive quelques jours après la mise-bas, elle peut ainsi être presque constamment en gestation et donner naissance à plusieurs jeunes par an.

La forêt dense constitue l’habitat de prédilection du Cerf muntjac et il apprécie particulièrement les forêts de feuillus avec un sous-bois riche et diversifié, mais il peut aussi se trouver en lisière de champs cultivés ou dans les parcs et jardins urbains. Herbivore ruminant, son alimentation est constituée de jeunes pousses d’arbres et d’arbustes, de bourgeons, de tiges feuillées, de fruits et d’autres baies, mais il peut à l’occasion se nourrir d’œufs ou de cadavres d’animaux.

Le Cerf muntjac est capable de s’adapter très rapidement à de nouveaux écosystèmes et d’y former des populations pérennes. Sa plasticité alimentaire, ses facultés d’adaptation au milieu et ses capacités reproductrices font de lui une espèce au fort potentiel envahissant. L’implantation de populations denses peut avoir des conséquences sur les plans économique et écologique. Consommant d’importantes quantités de bourgeons et de jeunes pousses d’arbres, ces populations peuvent impacter la régénération naturelle de la forêt, occasionnant des pertes économiques non négligeables pour les exploitants forestiers. En éclaircissant le sous-bois, le Cerf muntjac participe également à la réduction des habitats indispensables à la survie ou à la reproduction d’autres espèces forestières (oiseaux nicheurs au sol, invertébrés, micromammifères, etc.). Une concurrence avec les autres cervidés pour les ressources alimentaires est également observée.

Au Royaume-Uni, l’évasion en 1901 de 11 individus de Cerf muntjac du parc de l’Abbaye de Woburn dans le sud de l’Angleterre a marqué le début de l’installation de populations en milieu naturel. Depuis, ces populations n’ont cessé de croître (8,2 % en moyenne par an et atteignant aujourd’hui le million d’individus) et de se disperser sur le territoire (2,4 km par an en moyenne). En plus des dégâts sur les forêts, l’espèce y provoque également de nombreuses collisions routières (plus de 40 000 accidents recensés en 2010 en Angleterre).

Cerf muntjac observé par piège photographique © ONCFS

En France, la présence du cervidé en milieu naturel était suspectée depuis une dizaine d’années dans plusieurs régions. En 2013, une collision avec un spécimen s’est produite à Plounérin dans les Côtes-d’Armor, et un mâle a été abattu en décembre 2017 sur la commune de Thionville (Moselle). Il s’agirait dans ces deux cas d’individus isolés. En revanche de nombreuses observations ont été faites dans les forêts contigües des départements de l’Indre-et-Loire, du Loir-et-Cher et de l’Indre. Une population s’y serait implantée après une échappée d’individus de l’enclos d’un particulier. Entre octobre et décembre 2017, des pièges photographiques posés à proximité de l’enclos et l’observation directe d’individus ont confirmé la présence d’animaux en milieu naturel. Quelques battues administratives ont déjà été organisées mais n’ont pas été concluantes. Le tir par affût et approche semble être plus efficace.

Depuis 2016, le Cerf muntjac est inscrit sur la liste des espèces exotiques préoccupantes pour l’Union européenne, impliquant ainsi la prise de mesures pour prévenir l’implantation et le développement de populations et limiter sa détention aux seuls zoos habilités. Dans ce contexte, la délégation Centre-Val-de-Loire-Ile-de-France de l’ONCFS, en lien avec la Direction de la Recherche et de l’Expertise, réalise un bilan de sa répartition en France afin d’apporter des éléments pour mettre en place une stratégie de gestion de l’espèce. L’objectif est, à terme, de supprimer la ou les population(s) présente(s) en milieu naturel.

Afin de mieux connaître le nombre d’individus et leur localisation sur le territoire français, toute observation de Cerf muntjac en milieu naturel doit être signalée à l’ONCFS du département concerné. Une fiche de signalement est disponible sur cette brochure.

En savoir plus : contactez Paul Hurel paul.hurel@oncfs.gouv.fr et Jean-François Maillard jean-francois.maillard@oncfs.gouv.fr.

Rédaction : Marylou Terlin, ONCFS

Relectures : Doriane Blottière, Emmanuelle Sarat (UICN France), Alain Dutartre (expert indépendant), Paul Hurel (ONCFS)

Cet article est également disponible en : Anglais

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