Ne pas oublier les impacts socio-économiques des espèces exotiques !

 In dossiers de la lettre d'information

Depuis plusieurs années, les discussions sur les invasions biologiques au cours des négociations internationales de la Convention sur la Diversité Biologique (CDB) permettent de constater un accroissement très préoccupant des impacts environnementaux et socio-économiques des espèces exotiques envahissantes et des besoins de leur gestion à l’échelle planétaire.

L’une des difficultés d’organisation de cette gestion est l’absence actuelle d’un processus d’évaluation, de hiérarchisation et de surveillance systématique et normalisé des espèces exotiques envahissantes au niveau international. Pour tenter de la résoudre, les parties prenantes de la Convention sur la Diversité Biologique ont demandé en 2014 à l’UICN la mise au point d’un système de classification des espèces exotiques selon la nature et l’ampleur de leurs impacts environnementaux. Le groupe de spécialistes des espèces envahissantes de l’UICN a donc élaboré une méthode, publiée en 2015, intitulée Classification de l’impact sur l’environnement des taxons exotiques (“Environmental Impact Classification of Alien Taxa“, EICAT).

Cette proposition a été intégrée dans diverses publications de recherche dont notamment celle de Guillaume Latombe et ses collègues présentant très récemment une proposition pour la surveillance mondiale des invasions biologiques (A vision for global monitoring of biological invasions).

S’appuyer sur la méthode EICAT

La méthode “EICAT” propose cinq catégories d’impacts croissants (Figure 1), applicables à chaque taxon exotique envahissant, selon l’ampleur de ses impacts négatifs sur l’environnement afin, entre autres, de faciliter les comparaisons du niveau d’impact des taxons entre les régions et entre les groupes taxonomiques, et d’aider à la hiérarchisation des actions de gestion.

Figure 1 : Catégories de classification de l’impact environnemental des taxons exotiques (méthode EICAT). N. B. : figure adaptée de la figure originelle, les codes abrégés proposés ici sont ceux de la version en langue anglaise.

Les impacts socio-économiques de ces espèces ne sont donc pas évalués par cette méthode : c’est ce qui a conduit Sven Bacher et ses collègues [1] à proposer une méthode complémentaire, s’appuyant sur une démarche similaire et portant spécifiquement sur la classification des impacts socio-économiques des taxons exotiques (Socio-economic impact classification of alien taxa, SEICAT).

Constatant qu’un des défis des recherches sur les invasions biologiques est d’arriver à fournir des mesures d’impacts transparentes et comparables basées sur des définitions claires et explicites (“transparent and comparable measures of impact based on clear and explicit definitions“), les auteurs rappellent l’absence d’une méthode internationale standard de quantification des impacts pourtant essentielle dans la gestion des espèces exotiques envahissantes. Se référant ensuite à la proposition EICAT de 2015 permettant de classer au niveau mondial les impacts environnementaux des taxons exotiques mais qui ne s’applique pas à l’évaluation des impacts socio-économiques, ils proposent une méthode d’évaluation de ce second type d’impacts qui s’inspire directement de la proposition EICAT.

Des difficultés d’évaluations économiques

Les auteurs indiquent par exemple qu’en Europe le nombre de taxons exotiques présentés comme provoquant des impacts socio-économiques est plus élevé que celui concernant les impacts écologiques, probablement parce que les premiers sont plus facilement perçus et sont immédiatement signalés par les personnes concernées. Même si une certaine corrélation entre impacts environnementaux et socio-économiques peut être identifiée, les impacts socio-économiques ne peuvent être déduits de manière fiable des impacts de l’espèce sur l’environnement. Ils citent par exemple le moustique tigre (Aedes albopictus) à l’impact probablement assez faible sur la biodiversité mais à l’impact très important sur la santé humaine par la transmission de virus (dengue, chikungunya).

La plupart des tentatives pour quantifier et comparer les impacts socio-économiques ont utilisé des approches monétisant leurs coûts, bien que la conversion de tous les types d’impacts en coûts monétaires soit difficile, voire impossible. Les auteurs citent d’ailleurs l’évaluation réalisée en 2009 par Kettunen et ses collègues à l’échelle de l’Union européenne : ces chercheurs indiquaient que leur estimation annuelle de 12,5 milliards d’euros par an était un minimum car de nombreux taxons et impacts avaient été exclus de leur analyse (selon eux, sur la base de certaines extrapolations des coûts, le montant réel de ces dépenses pouvait atteindre 20 milliards d’euros). De plus, ces estimations peuvent fortement varier selon les méthodes comptables utilisées, ne concerner que les coûts de gestion et de recherche, ou encore devoir intégrer des coûts salariaux très différents d’un pays à l’autre.

De grandes disparités de situations nécessitant une approche très large du bien-être humain

En couvrant la surface des plans d’eaux, la Salvinie (Salvinia molesta) réduit les échanges d’oxygène entre l’atmosphère et l’eau. Comme elle peut produire de grandes quantités de matière végétale qui se décomposent ensuite en consommant également de l’oxygène, ses développements affectent la qualité de l’eau, la rendant plus difficile à potabiliser. Les populations de cette petite fougère flottante fournissent de plus un habitat idéal aux moustiques vecteurs de pathologies pour l’Homme. C’est par exemple le cas dans la retenue collinaire de Combani, à Mayotte, destinée à la production d’eau potable. © SIEAM

Bacher et ses collègues rappellent que les impacts socio-économiques des taxons exotiques peuvent être réduits par une technologie ou des moyens de gestion souvent coûteux, qui peuvent être plus facilement mis en œuvre dans les pays riches que dans les pays pauvres. Dans ces derniers, les invasions biologiques peuvent à l’extrême entraîner l’effondrement de certains secteurs socio-économiques provoquant ainsi des changements sociétaux parfois irréversibles. Ils insistent également sur le fait que de nombreux aspects de la vie humaine que les taxons exotiques pourraient affecter (par exemple, la santé, la sécurité, la culture) ne sont généralement pas inclus dans les évaluations monétaires de ces impacts.
C’est pourquoi il leur semble nécessaire de prendre en compte dans ces évaluations de plus larges dimensions que les coûts monétaires et de plutôt se concentrer sur les changements dans le bien-être des populations. Leur proposition est donc celle d’un système standardisé, basé sur le bien-être humain, pour classer les taxons exotiques en termes d’impacts socio-économiques.

Il s’agit selon eux d’un outil pratique pouvant :

  • permettre d’évaluer l’ampleur des impacts socio-économiques des taxons exotiques,
  • prendre en compte la dépendance des impacts par rapport au contexte, facilitant ainsi la comparaison des impacts entre les régions et les taxons,
  • faciliter les prédictions des impacts potentiels futurs du taxon dans la région cible et ailleurs,
  • aider à hiérarchiser les taxons exotiques et leurs voies d’introduction pour faciliter les actions de gestion.

Cette méthode (SEICAT) a les mêmes propriétés que le système EICAT et se présente donc comme complémentaire. Comme lui, elle se concentre sur les impacts négatifs et classe les taxons sur la base de leurs impacts les mieux documentés et les plus importants dans les régions où elles ont été introduites. Elle fournit une procédure cohérente pour évaluer et classer une large gamme de types d’impacts, applicable à tous les taxons et à différentes échelles spatiales.

Evaluer les changements de bien-être humain imputables aux espèces exotiques

Les auteurs présentent ensuite le contexte théorique et les réflexions antérieurement menées à l’échelle mondiale sur ces questions de bien-être humain qui les ont conduits à cette proposition. Inspirée, entre autres, par la création de l’indice de développement humain des Nations Unies, cette approche porte sur l’évaluation des effets des changements environnementaux sur les sociétés humaines et plus précisément sur les capacités générales des individus. Ces capacités sont déterminées par les facteurs environnementaux, le contexte économique et le contexte social (Figure 2a) et fortement liées au bien-être des populations.

Figure 2 : (a) L’ensemble des possibilités d’activités d’un individu dépend des facteurs environnementaux, du contexte économique (biens et services) et du contexte social. À partir de cet ensemble se déterminent les activités réalisées. (b) Les taxons exotiques peuvent réduire les opportunités des populations en modifiant les facteurs environnementaux, les contextes économique ou social. La classification d’impact socio-économique des taxons exotiques (SEICAT) définit les impacts négatifs comme des pertes dans les activités réalisées attribuables à un taxon exotique.

Par leurs développements, les taxons exotiques peuvent influencer de manière plus ou moins importante les capacités des populations et des activités humaines réalisées en modifiant ces facteurs et contextes (Figure 2b). Elles peuvent affecter directement différents composants du bien-être humain comme la sécurité, les actifs matériels et immatériels, la santé et les relations sociales de toutes natures, conduisant ainsi à des réductions des activités effectivement réalisées.

Dans la pratique, il n’est pas possible de mesurer l’ensemble complet des capacités des populations concernées et donc les changements induits par un taxon exotique car de nombreuses opportunités d’activités ne sont pas nécessairement réalisées et restent donc non reconnues. Toutefois, c’est l’évaluation des changements qui se sont produits dans les activités réalisées qui reste importante. Les auteurs rappellent que toutes les activités humaines peuvent être affectées par les taxons exotiques et que la définition de ces activités, essentielle à l’utilisation de SEICAT, sera différente d’une région à l’autre.

Les évaluations d’impact doivent toujours se référer à une zone bien définie, un pays, voire un continent, ou toute zone géographiquement restreinte dans laquelle se trouve le taxon exotique. Dans cette zone, les utilisateurs de SEICAT peuvent choisir de donner des poids différents aux activités pour tenir compte des différentes valeurs qui leur sont imposées par la société. Cela peut garantir, par exemple, que la perte totale d’une activité exercée par un très petit nombre de personnes puisse être évaluée de manière appropriée en comparaison d’un impact moins important mais concernant de nombreuses personnes.

Des herbiers très denses d’espèces exotiques amphibies (ici, le Myriophylle du Brésil (Myriophyllum aquaticum) sur l’étang de Léon, Landes, en 1993) peuvent empêcher les déplacements des embarcations sur les plans d’eau. © Alain Dutartre

Catégorisation des espèces exotiques selon la méthode SEICAT

A l’instar de la classification EICAT, la proposition de Bacher et de ses collègues définit huit catégories (Cf. Figure 1) dans lesquelles les taxons exotiques peuvent être classés. Cinq d’entre elles présentent une série séquentielle de niveaux d’impact, de “Minimal” à “Massif”, dont les définitions détaillées sont rassemblées dans le Tableau 1. Les autres catégories ne sont pas évaluées : NE (« not evaluated ») pour les taxons qui n’ont pas encore été évalués, NA (« no alien populations ») pour les taxons qui n’ont pas de population étrangère connue, et DD (« data deficient ») pour les taxons pour lesquels aucune information n’est disponible.

Au cours de l’évaluation, toutes les données disponibles doivent être recueillies sur les impacts socio-économiques d’un taxon exotique dans son aire de répartition introduite. Pour la classification finale du taxon, le plus haut niveau d’impact négatif sur l’un des constituants du bien-être humain dans une activité est retenu.

L’ampleur des impacts sur toutes les activités affectées par le taxon évalué doit cependant être signalée, ainsi que les constituants du bien-être humain affectés, pour permettre la compilation d’informations pouvant déboucher sur des méta-analyses. Puisque les impacts perçus d’une espèce peuvent changer avec le temps, il est également suggéré, en complément du score d’impact maximal de l’évaluation, de rapporter le score maximum atteint historiquement comme indicateur de l’impact maximal potentiel que l’espèce peut atteindre. Par ailleurs, les auteurs notent que certains taxons exotiques peuvent avoir des effets positifs sur le bien-être humain et accroître les capacités globales des populations, pouvant se traduire par une augmentation des activités. De tels impacts positifs doivent être pris en compte lors de la prise de décision de gestion mais ne sont pas notés dans SEICAT, bien que la méthode puisse fournir un cadre pour noter ces impacts positifs sur le bien-être humain.

Tableau 1 : Description de la classification des impacts socio-économiques des taxons exotiques (SEICAT) en fonction des changements observés dans les activités des populations.

Classe d’impact Description
Minimal (MC) Aucun impact négatif signalé malgré la disponibilité d’études pertinentes sur les impacts du taxon sur le bien-être humain. Les taxons à évaluer dans le cadre du processus SEICAT mais pour lesquels aucune étude d’évaluation d’impact n’est disponible ne devraient pas être classés dans cette catégorie, mais devraient plutôt  dans la classe “données insuffisantes” (DD).
Mineur (MN) Effets négatifs sur le bien-être humain. Le taxon exotique rend difficile la participation des personnes à leurs activités normales. Les individus dans une activité souffrent dans au moins un élément constitutif du bien-être (sécurité, biens matériels et immatériels, santé, relations sociales, spirituelles et culturelles). Les réductions du bien-être peuvent être détectées par exemple par des perte de revenus, des problèmes de santé, des efforts ou dépenses plus élevés pour participer aux activités, des difficultés accrues d’accès aux biens, des perturbations des activités sociales, l’induction d’une peur, mais aucun changement dans l’importance de l’activité n’est signalé ni dans le nombre de personnes y participant.
Modéré (MO) Les effets négatifs sur le bien-être entraînent des changements dans l’importance de l’activité, une réduction du nombre de personnes y participant, mais l’activité est toujours réalisée. Des réductions de l’importance de l’activité peuvent être dues à diverses raisons, par exemple un déplacement de l’activité vers des régions dépourvues du taxon exotique ou vers d’autres parties de la zone moins envahies par ce taxon, l’abandon partiel d’une activité sans remplacement par d’autres activités ou le remplacement par d’autres activités dans la même zone colonisée. De plus, le déplacement spatial, l’abandon ou le changement d’activités n’augmentent pas le bien-être humain par rapport aux niveaux avant la colonisation par le taxon exotique (aucune augmentation des possibilités d’activités dues à ce taxon).
Majeur (MR) Disparition locale d’une activité dans tout ou partie de la zone colonisée par le taxon exotique. Effondrement de l’activité sociale spécifique, passage à d’autres activités, abandon d’activité sans remplacement ou émigration de la région. Le changement est susceptible d’être réversible sur une période d’une décennie après la suppression ou le contrôle du taxon. La “disparition locale” n’implique pas nécessairement la disparition des activités de toute la région évaluée mais fait référence à l’échelle spatiale typique dans laquelle les communautés sociales de la région sont caractérisées.
Massif (MV) Disparition locale d’une activité de tout ou partie de la zone envahie par le taxon exotique. Le changement est susceptible d’être permanent et irréversible pendant au moins une décennie après l’élimination du taxon étranger, en raison de changements structurels fondamentaux de la communauté socio-économique ou des conditions environnementales.
Données insuffisantes (DD) Absence d’information permettant de classer le taxon en fonction de son impact ou introduction trop récente pour que les impacts du taxon soient apparents.

Contrairement à d’autres systèmes qui reposent sur des valeurs monétaires, la proposition SEICAT évalue donc l’ensemble des impacts possibles sur le bien-être humain et les structures sociales. Il peut permettre de distinguer les taxons ayant des degrés d’impact différents et fournit un cadre permettant de comparer les impacts entre les taxons, les mécanismes, les événements particuliers d’introduction/invasion et les régions. Comme EICAT, SEICAT peut être utilisé pour signaler des espèces ayant des impacts potentiels élevés. La dépendance au contexte des impacts doit cependant être prise en compte lors du transfert des données d’impacts d’une région à une autre.
Cette classification dynamique doit être basée sur les meilleures preuves disponibles (“the best available evidence“). Les taxons peuvent donc se positionner dans différentes classes d’impact au fur et à mesure que de nouvelles données deviennent disponibles. La classification peut gérer le manque de connaissances sur certaines composantes du bien-être car elle se réfère à l’impact maximal connu. Elle identifie aussi les lacunes dans les connaissances et peut ainsi aider à concentrer la recherche pour améliorer la classification des impacts au fil du temps.
Le protocole SEICAT peut effectivement être appliqué pour évaluer les impacts à diverses échelles spatiales, permettant une catégorisation nationale, continentale et mondiale des impacts et, en combinaison avec EICAT, il est donc possible d’évaluer conjointement les impacts environnementaux et socio-économiques, soit l’ensemble des impacts négatifs des taxons exotiques.

Congruence EICAT et SEICAT

Comme l’ont décidé les auteurs, les propriétés de SEICAT s’alignent sur celles d’EICAT, principalement en raison de leur similarité de structure. Les dommages plus ou moins importants aux écosystèmes et aux activités humaines sont évalués de la même manière et une combinaison de ces deux schémas de classification devrait donc permettre une évaluation complète des effets négatifs du ou des taxon(s) exotique(s) sur les systèmes receveurs. Cette combinaison peut contribuer à faciliter l’élaboration de listes d’espèces : par exemple, les taxons exotiques obtenant un score élevé dans les deux systèmes peuvent être identifiés et classés par ordre de priorité pour les actions de gestion. Enfin, comme SEICAT et EICAT suivent une approche similaire à celle utilisée des listes rouges de l’UICN, elles peuvent également contribuer à une meilleure intégration avec les procédures de gestion déjà existantes.

Application de SEICAT aux amphibiens.

La Grenouille taureau en Sologne a des conséquences négatives notables sur les activités piscicoles. En complément de ses impacts directs sur les alevins par prédation, sa présence entraîne des contrôles supplémentaires des prises lors des pêches d’étang pour éliminer les têtards de l’espèce et éviter leur transport involontaire hors des sites colonisés. © CDPNE

Afin de tester SEICAT, les auteurs ont procédé à une évaluation des tous les amphibiens exotiques à l’échelle mondiale, soit 104 espèces. En complément du bilan sur les amphibiens exotiques de Measey et al. (2016)[2], une recherche documentaire focalisée sur les impacts socio-économiques de ces taxons a été effectuée. Des données pertinentes ont été trouvées dans 20 documents, totalisant 44 impacts impliquant 7 espèces.
Seul le crapaud de canne, Rhinella marina, a été classé en impact majeur (MR) son introduction en Australie ayant conduit, entre autres, à l’abandon de certaines pratiques culturelles dans les communautés aborigènes. Le contrôle de l’espèce a cependant permis de réduire ses impacts.
Une espèce a été classée en MO, le crapaud commun asiatique, Duttaphrynus melanostictus, et trois en MN : la grenouille coquillière, Eleutherodactylus coqui, une espèce proche, Eleutherodactylus planirostris et Osteopilus septentrionalis. Les données sur la Rainette méridionale (Hyla meridionalis) indiquaient des nuisances sonores mais sans mention d’impact, d’où un classement en MC.

Il est à noter que les deux amphibiens exotiques bien connus en métropole, la grenouille taureau (Lithobates catesbeianus) et le Xénope lisse (Xenopus leavis) n’ont pu être évalués faute de données identifiées lors de la recherche documentaire. Ces deux taxons ont été classés en catégorie DD (données insuffisantes) comme plus de 90 autres espèces. Les auteurs signalent toutefois à propos du Xénope lisse que des données d’impact négatif de cette espèce sur la pêche avaient été signalées dans son aire de répartition naturelle.

Les auteurs indiquent que la plupart des classifications d’impacts présentent une faible confiance en raison de nature des informations disponibles (surtout des observations anecdotiques et des déclarations de personnes affectées) mais que malgré ces données de faible qualité présentant de grandes incertitudes, SEICAT a permis un classement clair, significatif et transparent des espèces évaluées.

Conclusion et perspectives

Les auteurs notent que si depuis quelques années des progrès considérables ont été réalisés sur la quantification et la classification des impacts environnementaux des taxons exotiques, l’évaluation de leurs effets sur le bien-être humain reste encore un défi. Hormis quelques exceptions concernant par exemple les ravageurs agricoles ou les espèces affectant directement la santé humaine, comme l’ambroisie (Ambrosia artemisiifolia) en métropole, très peu de connaissances organisées sont disponibles. Une demande générale d’inclusion des impacts socio-économiques des taxons exotiques dans les processus de prise de décision sur leur réglementation commerciale existe toutefois, par exemple dans le cadre du récent règlement européen (1143/2014) sur les espèces exotiques envahissantes. Ainsi, la Berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum) a été inscrite sur la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union Européenne en raison de ses impacts écologiques mais également pour les brûlures et dermatoses provoquées par sa sève (Commission européenne, 2017)

Des évaluations SEICAT successives pourraient aussi être utilisées pour développer un indicateur des tendances des impacts socio-économiques pouvant permettre de guider les décisions politiques et de gestion concernant ces espèces. La diffusion des résultats d’analyses socio-économiques et des évaluations de ces impacts pourraient sans doute mieux impliquer le public que les seules informations sur les impacts environnementaux et contribuer à une sensibilisation accrue sur la problématique des invasions biologiques.

En ce qui concerne l’application de SEICAT aux amphibiens, les auteurs notent que, malgré les incertitudes qui subsistent, une évaluation globale des impacts socio-économiques de ce groupe de taxa permet de différencier significativement les espèces exotiques présentant différents niveaux d’impacts. Cette application a révélé que de nombreuses descriptions d’impact restent de faible qualité, conduisant à des classifications avec une faible certitude et que, pour certains mécanismes d’impact suspectés, les informations ne sont pas rapportées (dans le cas de plusieurs espèces les effets présumés sur la santé dus au bruit). Ils constatent également que faute d’informations disponibles, la majorité des espèces de ce groupe animal a dû être classée en DD (données insuffisantes).

Ce déficit en informations ne concerne pas que ce groupe et la classification SEICAT appliquée régulièrement et systématiquement pourrait donc devenir un outil efficace de classification des espèces exotiques pour aider les décideurs à élaborer des politiques de gestion de ces taxons et à allouer des financements aux programmes de prévention et de contrôle, et aux activités de recherche.

 

Rédaction : Alain Dutartre (expert indépendant)

Relectures : Doriane Blottière, Emmanuelle Sarat (Comité français de l’UICN)

[1] Bacher S, Blackburn TM, Essl F, et al. 2017. Socio-economic impact classification of alien taxa (SEICAT). Methods in Ecology and Evolution. 00: 1–10.

[2] Measey, G.J., Vimercati, G., de Villiers, F.A., Mokhatla, M., Davies, S.J., Thorp, C.J., Rebelo, A. & Kumschick, S. (2016) A global assessment of alien amphibian impacts in a formal framework. Diversity and Distributions  22: 970-981.

Cet article est également disponible en : Anglais

Contacter le Centre de ressources EEE

Pour toute information, n'hésitez pas à nous contacter. Vous reviendrons vers vous le plus rapidement possible. Cordialement, l'équipe de mise en oeuvre du Centre de ressources EEE.

Not readable? Change text. captcha txt
0
Reynoutria sp. - Broyage des rhizomes - SMAGE des Gardons J-PH REYGROBELLET
X