Retour sur le Congrès NEOBIOTA 2020 à Vodice (Croatie)

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Le groupe européen sur les invasions biologiques NEOBIOTA (voir l’encart plus bas) a organisé en septembre cette année la 11e édition de son congrès international. Ce rendez-vous s’est déroulé pendant 3 jours en Croatie, à Vodice, au bord de la mer Adriatique. Des experts de l’OFB y ont participé et nous livrent ici un résumé de cet évènement d’envergure.

Ce congrès sur les invasions biologiques était coordonné par la Croatian Ecological Society sous la supervision du Pr. Sven Jelaska de l’Université de Zagreb. Le comité organisateur local était appuyé par un comité scientifique composé notamment de Giuseppe Brundu, Franz Essl, Phil Hulme, Ingolf Kühn, Bruce Osborne, Petr Pyšek, Helen Roy, Uwe Starfinger et Montserrat Vilà.

Les congrès NEOBIOTA sont bisannuels et ont pour objectif général de mieux comprendre les espèces exotiques et de proposer des solutions pour gérer leurs invasions. Ils rassemblent chercheurs, praticiens et décideurs du monde entier, tous confrontés et impliqués sur les espèces exotiques envahissantes.

Le congrès de cette année était intitulé « Le rôle de l’humain dans les invasions biologiques : un cas de Dr Jekyll et Mr Hyde ? ». En effet, les humains sont responsables de l’introduction et de la propagation des espèces exotiques et favorisent leur implantation en leur créant des habitats favorables (souvent perturbés) mais cherchent en même temps à réduire ce phénomène par la prévention et la gestion, en développant notamment la sensibilisation et la mobilisation du public sur ces enjeux. Pour toutes ces raisons, l’humain se trouve évidemment au cœur du phénomène des invasions biologiques.

En raison de la crise sanitaire, l’édition 2020 a proposé un format hybride, c’est-à-dire à la fois sur place et en ligne. Toutes les présentations ont été retransmises par visioconférence tandis que les posters étaient rendus disponibles sur une application numérique et téléchargeables en pdf.

Parmi les 152 participants prévus de 34 pays différents, seule une trentaine a pu se rendre sur place en fonction des autorisations accordées par les divers pays (Croatie, France, Espagne, Tchéquie et Lituanie). Environ 80 personnes étaient en moyenne connectées simultanément pour assister à distance à l’évènement.

NEOBIOTA est le groupe européen sur les invasions biologiques (https://www.neobiota.eu/). Fondé à Berlin en 1999 comme un consortium de scientifiques et de gestionnaires, il a pour objectif d’améliorer l’intégration de la recherche sur les invasions biologiques et de renforcer les approches pour contrer les effets négatifs des organismes introduits sur la biodiversité, les services écosystémiques et la santé humaine. Il aborde les aspects théoriques et appliqués des invasions biologiques, mais vise également à sensibiliser le public et à informer les décideurs sur ce sujet. La présidente actuelle est Montserrat Vilà, le vice-président Franz Essl et le secrétaire Uwe Starfinger. Le président honoraire est Ingo Kowarik. Le conseil d’administration comprend 10 experts européens. Une revue scientifique y est associée : NeoBiota (https://neobiota.pensoft.net/).

Un congrès réunissant sur place une trentaine de participants © NEOBIOTA

Les grands thèmes abordés

Au cours des trois journées de conférence, dix sessions se sont succédées sur six thèmes, chacun introduit par un « keynote speaker » et une présentation :

  1. Session « Impacts of biological invaders: from facts to perception and back », introduite par Franck Courchamp (Université Paris-Saclay, France) avec une intervention intitulée “The massive economic costs of biological invasions worldwide”. Cette session a principalement abordé les évaluations des impacts, négatifs et positifs, environnementaux et/ou socio-économiques.
  2. Session « Invaders in biological communities and ecological networks : species interactions, food chains and beyond », introduite par Jonathan Jeschke (Université libre de Berlin, Allemagne) avec une intervention intitulée “Towards an open and interactive atlas of invasion biology”. Cette session a principalement abordé les interactions biotiques entre les espèces (mutualisme, facilitation, compétition, etc.).
  3. Session « Invasive species in a changing environment », introduite par Heinke Jäger (Fondation Charles Darwin, Équateur) avec une intervention intitulée “Humans changing the trajectory of evolution in the Galapagos Islands”. Cette session a particulièrement abordé les effets du changement climatique, avec parfois l’utilisation de modèles de distribution d’espèces.
  4. Session « Management of invasive species from decision makers to practitioners: lost in translation or on the right track? », introduite par Bethany Bradley (Université de Massachussets Amherst, États-Unis) avec une intervention intitulée “Translating science into practice and practice into science”. Cette session a particulièrement abordé les rôles des politiques publiques et des experts praticiens, avec notamment des interventions de deux représentants de la Commission Européenne.
  5. Session « Citizen science, social media, and novel technologies for invasive science », introduite par Michael Pocock (Centre sur l’écologie et l’hydrologie, Royaume-Uni) avec une intervention intitulée “The role of citizen science as a tool for early detection, monitoring and managing impacts of invasive species”.
  6. Session « Biogeography and macroecology of invaders across spatial and temporal scales », sans « keynote lecture » mais avec beaucoup de projets. Cette session a particulièrement abordé les évolutions spatio-temporelles des invasions, tout en faisant référence à plusieurs bases de données intéressantes.

Au total, 56 présentations orales et 91 posters ont été exposés lors de ce colloque. La configuration de l’événement, avec la présentation des posters en intérieur et lors des pauses-cafés, n’a pas facilité les interactions mais l’application numérique a pris le relai pour permettre aux participants de les commenter à distance.

La plupart des thématiques ont été abordées au cours de ces trois journées d’échange, avec une diversité de présentations intégrant aussi bien des problématiques touchant les milieux marins, que continentaux et abordant des sujets de gestion mais aussi de recherche et de politique publique.

Voici une liste de 17 présentations orales, retenues par l’équipe du Centre de ressources et particulièrement susceptibles d’intéresser la communauté française des invasions biologiques :

  • Negative, neutral and positive impacts of Gunnera tinctoria invasions – Bruce Osborne
  • Environmental and socio-economic impacts of Pomacea and Callinectes sapidus: A predator-prey interaction in the Ebro Delta (Spain) – Rubén Bernardo-Madrid
  • European Union policy on invasive alien species: lessons learned and new developments – Spyridon Flevaris
  • The first EU-scale Horizon Scanning exercise on marine invasive species – Kostas Tsiamis (article disponible ici)
  • Poor competitor but successful plant invader: how does Gunnera tinctoria do it? Vasiliki Balogianni
  • The Epidemiological Framework for Biological Invasions (EFBI): a unified foundation for the assessment of biosecurity threats – Philip Hulme (article disponible ici)
  • Mobilizing evidence to improve IAS decision-making: the Belgian TrIAS workflow – Sonia Vanderhoeven (Projet TrIAS)
  • Management of the red-eared slider (Trachemys scripta) in Slovenia – Sonja Rozman
  • Sharing decision-making support tools to tackle biological invasions in Europe – Kevin Smith
  • Citizen science for invasive alien species: a preliminary analysis for Europe – Tim Adriaens
  • Management of the invasive hornet Vespa velutina in Italy: from surveillance to early warning and control strategies – Simone Lioy
  • RELIONMED LIFE project and IUCN-MedMIS: Citizen scientists help to monitor the lionfish distribution and abundance – Niki Chartosia (Projet LIFE RELION MED et initiative MedMIS)
  • What drives the differences in Robinia pseudoacacia invasions between neighbouring countries in central Europe? – Ross Shackelton
  • The “Global Database of Alien Pathogenic Fungi” – Anna Schertler (accéder au jeu de données)
  • Impact of introduction pathways on the spread and geographical distribution of alien species: implications for preventive management in Mediterranean ecosystem – Marc Riera
  • Disentangling the mechanism behind the invasive monk parakeet crop damage using a long term diet study. What if the risk is much higher than calibrated? – Jose Postigo
  • Biogeographical variation in plant defence and performance of Carpobrotus edulis against generalist and specialist herbivores – Jonatan Rodríguez

Le livre des résumés est téléchargeable sur le site du congrès  : http://www.neobiota2020.biol.pmf.hr/abstracts-2/

Un évènement placé sous le signe du respect de la distanciation physique © NEOBIOTA

La présence d’experts de l’OFB

Deux experts de l’OFB et membres du REST ont participé à ce congrès :

Jean-François Maillard, spécialiste faune exotique, de l’Unité prédateurs animaux déprédateurs (UPAD) de la Direction recherche et appui scientifique (DRAS), avec un poster sur le Raton laveur intitulé « Distribution and genetic diversity of Raccoon (Procyon lotor) in France », représentant la mission de recherche et d’acquisition de connaissance de l’OFB sur les EEE ;

Arnaud Albert, spécialiste flore exotique, de l’Unité flore et végétation (UFV) de la Direction recherche et appui scientifique (DRAS), avec un poster sur les stratégies nationales de gestion intitulé « National management strategies of IAPs of EU concern that are widespread in mainland France », représentant la mission d’expertise et d’appui à la gestion de l’OFB sur les EEE.

Une visite du Parc National de Krka aux couleurs du congrès © NEOBIOTA

Une visite du Parc National de Krka

Facultative, la journée de vendredi a été consacrée à une sortie de terrain au Parc National de Krka, situé à l’intérieur des terres à une trentaine de kilomètres du lieu du congrès. Ce parc abrite une nature encore très sauvage et des paysages attractifs, dont de magnifiques cascades et chutes et une riche diversité de faune et de flore remarquables. Organisée à des fins touristiques, sans être orientée sur les EEE, cette visite de clôture du colloque a permis de nombreux et agréables échanges entre participants.

Les mots de la fin

Ce congrès a été l’occasion également pour l’UICN d’une part de lancer leur standard mondial pour classer et évaluer le type et la sévérité des impacts environnementaux causés par les espèces exotiques envahissantes, connu sous le nom de EICAT (Environmental Impact Classification of Alien Taxa) et d’autre part de présenter les divers matériels produits à l’échelle de l’Union européenne, dans le cadre d’une assistance scientifique et technique auprès de la Commission européenne (brochures d’espèces, guides d’identification, notes de gestion, etc.).

Enfin, les présentations, orales et écrites, pourront faire l’objet de publications dans des éditions spéciales des journaux scientifiques « Frontiers in Ecology and Evolution » (éditeur invité : Bruce Osborne) et « Diversity » (éditeur invité : Sven Jelaska).

Le prochain congrès NEOBIOTA se déroulera à Tartu en Estonie, du 13 au 16 septembre 2022.

 

Rédaction : Arnaud Albert, Office français de la biodiversité

Relecture : Madeleine Freudenreich et Emmanuelle Sarat (Comité français de l’UICN), Alain Dutartre (expert indépendant)

Cet article est également disponible en : Anglais

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