Les menaces d’un champignon délicieux et facile à cultiver : Pleurotus citrinopileatus – Commentaires et compléments

Facile à cultiver et apprécié pour ses qualités culinaires, le pleurote doré (Pleurotus citrinopileatus) est aujourd’hui commercialisé dans de nombreux pays, notamment sous forme de kits de culture domestique. Pourtant, sa dispersion en milieu naturel en Amérique du Nord et les effets potentiels sur les communautés de champignons indigènes mis en évidence par des travaux scientifiques récents soulèvent des questions quant aux risques écologiques associés à sa culture et à sa commercialisation.

Ce dossier propose de faire le point sur les connaissances disponibles, les moyens de prévenir sa dispersion, les initiatives engagées en Europe et les pistes d’action envisageables. Au-delà du cas du pleurote doré, il vise également à attirer l’attention sur un enjeu encore peu étudié : les risques écologiques liés à la dispersion des champignons exotiques cultivés et la nécessité de mieux les prendre en compte dans les démarches de prévention des invasions biologiques.

Ce dossier « Les menaces d’un champignon délicieux et facile à cultiver : Pleurotus citrinopileatus » est composé de quatre articles :

Si plus de 2000 espèces de champignons sauvages comestibles ont été recensées dans le monde, dont plus d’un millier utilisées à des fins alimentaires, quelques dizaines d’entre elles sont effectivement cultivées.

A propos du marché mondial de champignons comestibles, un article de juillet 2026 sur un site rassemblant des informations sur les champignons (depuis la recherche jusqu’aux aspects commerciaux des espèces cultivées) portant sur les difficultés de conservation de ces champignons durant leurs transports commerciaux, citait un montant probable devant atteindre « 50,4 milliards de dollars d’ici 2033 ».

Parmi ces espèces cultivées, la plus connue (et la plus produite)  est le champignon de couche, ou champignon de Paris (Agaricus bisporus). Dans le Cahier Technique des Réserves Naturelles de France de 2021, quelques autres espèces cultivées en France sont citées, dont le Pleurote en huître (Pleurotus ostreatus).

P. citrinopileatus ne figurait pas dans ce document comme espèce cultivée dans l’hexagone mais c’est maintenant le cas, une courte incursion sur Internet ayant permis d’identifier des producteurs. Par ailleurs, toutes ces espèces, y compris P. citrinopileatus (souvent cité comme « Pleurote jaune »), peuvent être cultivées dans un cadre domestique grâce à des kits de culture (sacs ou boîtes pré-inoculés) de quelques dizaines d’euro permettant une production régulière de ces champignons.

De nombreuses informations sur ces possibilités de culture domestique de champignons sont disponibles sur des sites en présentant les modalités pratiques de mise en œuvre et tous les intérêts et avantages : des solutions simples et performantes dans une démocratisation s’accompagnant d’une explosion de la diversité des espèces cultivables, allant bien au-delà des classiques champignons de Paris ou pleurotes, avec une possibilité de culture en extérieur sur buches (pleurotes cités) en automne en zones ombragées.

Sur certaines pages consacrées à cette espèce accessibles sur les réseaux numériques, ces possibilités de culture en milieu naturel « sur billots de bois au jardin » sont explicitement présentées, comme par exemple « Le Pleurote jaune se cultive très bien à la maison. Au jardin des billots frais de feuillus accueilleront son mycélium, inoculé avec des chevilles ensemencées. Après plusieurs mois d’installation, les sporophores se développeront. Toujours à température estivale, ce Pleurote appréciant la chaleur. »

La présence de ce champignon peut même être citée comme un bienfait de la nature  : « Ce champignon doré qui pousse sur vos arbres morts n’est pas un signe de maladie, c’est un signe que votre jardin est vivant« . « Naturalisé en Europe depuis les années 1990 et en expansion régulière dans les jardins et parcs français]… Dans un jardin, il transforme votre bois mort en compost de qualité en une fraction du temps. »

Ainsi les informations disponibles sur cette espèce de champignon, presque exclusivement dans une présentation positive de cette espèce comestible et facile à cultiver, négligent donc totalement tous les aspects en lien avec la biodiversité. Sans pour autant écarter cette possibilité de culture en extérieur, une seule remarque figurant en fin du texte accompagnant une page de commande en ligne d’un kit de culture de Pleurote jaune faisait peut-être allusion à un risque sanitaire en rapport avec la production de spores : « Les champignons latéraux, comme le champignon jaune, présentent une forte formation de spores de champignons. Ne cultivez donc les champignons que dans des pièces inhabitées ou dans le jardin« .

Les conséquences écologiques de la dispersion/invasion en milieu naturel européen de cette espèce restent bien sûr à évaluer mais, ainsi que l’on fait les scientifiques et autorités britanniques en l’identifiant comme espèce problématique, il semblerait donc nécessaire qu’une démarche de même nature puisse être engagée en France, sinon plus largement, pour ne pas laisser évoluer cette situation sans aucune analyse ni réaction.  

Au niveau européen, un intérêt croissant pour les communautés fongiques a déjà permis depuis 2024  de mettre en place une initiative de  » Suivi et cartographie de la diversité fongique au service de la protection de la nature », financée par Biodiversa+ et rassemblant 42 partenaires dans 26 pays,

Avec pour objectif d’améliorer à cette échelle les connaissances sur les champignons, l’initiative FunDive va associer recherche, outils d’intelligence artificielle,  surveillance basée sur l’ADN environnemental (ADNe) et science citoyenne. Elle devrait permettre de suivre les évolutions des communautés fongiques et d’évaluer l’efficacité des efforts de gestion menés sur ces communautés.

Ce programme intègre différents projets, chacun axé sur un groupe cible spécifique de champignons et l’implication citoyenne par l’intermédiaire de l’application iNaturalist peut permettre d’y contribuer. Parmi eux se trouve un projet ciblant 6 espèces de champignons exotiques, dont le pleurote doré.

Présentant enjeux de ces colonisations de champignons exotiques et insuffisances des connaissances sur leur répartition et leurs impacts écologiques, le projet est un appel direct aux naturalistes bénévoles. Un flyer diffusé en août 2025 en précise les cibles et objectifs et fournit des photos des espèces concernées.

Une consultation du site du projet le 27 septembre donnait les scores d’observations de ces espèces avec, parmi elles, l’Anthurus d’Archer, la deuxième espèce la plus citée avec près d’un millier d’observations, et le Pleurote doré au score nettement plus réduit à 8 observations. Cette grande différence s’explique peut-être bien par l’aspect spectaculaire de la première espèce et celui, attirant beaucoup moins le regard, de la seconde !

Enfin, les travaux de Veerabahu et al. (2025) ont été très récemment exposés dans le cadre d’une session consacrée aux champignons lors du dernier Forum mondial sur la biodiversité tenu à Davos (Suisse) en juin 2026 . Dans cette session couvrant différents domaines sur le sujet, ils ont été présentés comme « une occasion en or » (« A golden opportunity« ) pour impliquer le public dans la surveillance et la conservation de la biodiversité fongique avec plusieurs objectifs, parmi lesquels la mobilisation d’une communauté de mycologues amateurs et professionnels sur la surveillance des espèces envahissantes et de la conservation de la biodiversité. La collaboration à l’échelle européenne pour y prévenir la dispersion potentielle du Pleurote doré y était citée.

Au final, en utilisant les informations déjà disponibles sur les capacités de colonisation et de modifications des communautés fongiques que peut induire Pleurotus citrinopileatus pour en informer tous les réseaux institutionnels et associatifs portant sur la mycologie, une démarche nationale débutant par un relai général sur ces risques écologiques devrait déjà permettre une ouverture à une réflexion d’ensemble.

N.B. : cette information sur les risques inhérents à une dispersion incontrôlée de l’espèce pourrait tout à fait trouver sa place dans l’ensemble des activités mycologiques qui peuvent être développées pour améliorer/valoriser les connaissances sur les champignons auprès de tous les publics. Jusqu’à faire partie, pourquoi pas, des explications apportées aux personnes participant à un « atelier de culture de pleurotes », tel que proposé dans le Cahier Technique de RNF consacré à la fonge…

Rédaction : Alain Dutartre, expert indépendant

Relecture : Camille Bernery (Comité français de l’UICN)

Remerciement pour les information fournies : Guillaume EYSSARTIER, Gérald GRUHN, Marc-André SELOSSE, Hubert VOIRY

Crédits photo en bandeau : Innagasaki

Bibliographie :

  • Aishwarya Veerabahu, Mark T. Banik, Daniel L. Lindner, Anne Pringle, Michelle A. Jusino.  2025, Invasive golden oyster mushrooms are disrupting native fungal communities as they spread throughout North America. Current Biology 35, 3994–4002 https://doi.org/10.1016/j.cub.2025.06.049 
  • Desprez-Loustau, M.L., Robin, C., Buée, M., Courtecuisse, R., Garbaye, J., Suffert, F., Sache, I., and Rizzo, D.M. (2007). The fungal dimension of biological invasions. Trends Ecol. Evol. 22, 472–480. https://doi.org/10.1016/j.tree.2007.04.005

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