Les menaces d’un champignon délicieux et facile à cultiver : Pleurotus citrinopileatus – Miscellanées sur la situation en Europe

Facile à cultiver et apprécié pour ses qualités culinaires, le pleurote doré (Pleurotus citrinopileatus) est aujourd’hui commercialisé dans de nombreux pays, notamment sous forme de kits de culture domestique. Pourtant, sa dispersion en milieu naturel en Amérique du Nord et les effets potentiels sur les communautés de champignons indigènes mis en évidence par des travaux scientifiques récents soulèvent des questions quant aux risques écologiques associés à sa culture et à sa commercialisation.

Ce dossier propose de faire le point sur les connaissances disponibles, les moyens de prévenir sa dispersion, les initiatives engagées en Europe et les pistes d’action envisageables. Au-delà du cas du pleurote doré, il vise également à attirer l’attention sur un enjeu encore peu étudié : les risques écologiques liés à la dispersion des champignons exotiques cultivés et la nécessité de mieux les prendre en compte dans les démarches de prévention des invasions biologiques.

Ce dossier « Les menaces d’un champignon délicieux et facile à cultiver : Pleurotus citrinopileatus » est composé de quatre articles :

Une recherche rapide sur Internet a permis de trouver quelques informations utiles sur les réactions face aux risques en milieu naturel de ce champignon en Europe, un bilan plus complet resterait bien sûr à établir.

En Grande-Bretagne

Pleurotus citrinopileatus – Crédits : Innagasaki

Ainsi que le présente l’article de New Scientist, au printemps 2024, la découverte et l’identification de l’espèce dans une forêt du nord de l’Angleterre par une personne « passionnée de champignons » a suscité une attention particulière chez les experts britanniques en mycologie. Il s’agissait de l’une des deux observations confirmées de pleurotes dorés au Royaume-Uni.

A partir de début 2025, elle  a déclenché une analyse de risque d’invasion concernant cette espèce par le Secrétariat britannique sur les espèces « non-natives » (GB Non-native species secretariat). Après les accords successifs des groupes d’experts ad hoc début 2026, le texte a été approuvé en avril et l’espèce a été intégrée en août dans la liste d’espèces non-natives de Grande Bretagne. Selon cette évaluation rapide des risques liés à Pleurotus citrinopileatus, les risques environnementaux sont classés comme « majeurs » (avec une confiance moyenne), faibles pour les risques économiques (niveau de confiance élevé) et minimes pour les risques sociaux (niveau de confiance élevé).

Les informations diffusées sur cette espèce ont également conduit à des réactions rapides la concernant. En particulier, dans un article de fin février 2026 « Les pleurotes jaunes doivent être cultivés avec prudence« , la « Royal Horticultural Society (RHS) » a indiqué qu’à titre de précaution elle interdisait dorénavant dans ses expositions la présentation de cette espèce afin de protéger les champignons indigènes alors même qu’un intérêt croissant pour le grand public des champignons dans les jardins d’exposition est de plus en plus perceptible.

L’article comporte également des conseils pour le public, en matière d’observations de l’espèce dans la nature (signalement sur une plateforme iRecord, contact avec l’Association britannique de mycologie) et de gestion des kits de culture domestique (élimination du substrat usagé)…  Il signale aussi des « actions responsables » de plusieurs producteurs britannique ayant pris des mesures pour en cesser la production et la distribution, avec même un accès à un article d’un blog d’un de ces producteurs expliquant la problématique liée à cette espèce, les démarches et précautions prises par cette entreprise, des conseils d’élimination et, bien sûr des propositions d’espèces alternatives indigènes ou à faible risque.

En Italie

Un article publié par une entreprise italienne de production de champignons en novembre 2025 présente ainsi le cas du Pleurote doré : « quand un champignon cultivé peut devenir envahissant« .

A propos de ce champignon parmi les plus appréciés dans la culture gastronomique devenu une des espèces préférées des producteurs de champignons, le texte indique que les informations disponibles sur sa dispersion en Amérique du Nord posent la question de son adaptation en milieu naturel. L’article précise par ailleurs une confusion la concernant car de nombreuses entreprises de culture en Italie commercialisent cette espèce sous le nom erroné de Pleurotus cornucopiae, une espèce indigène en Italie.

S’il indique qu’aucune étude européenne sur la présence de cette espèce n’a encore été menée, l’article signale des observations disponibles sur la plateforme iNaturalist la montrant dans les milieux naturels en précisant d’ailleurs que la plupart des observations actuelles en Europe proviennent d’Italie.

Après exposition des risques écologiques inhérents à une invasion, l’article se poursuit par la présentation de la démarche responsable que va suivre cette entreprise « Être cultivateur aujourd’hui, c’est aussi être gardien de la biodiversité ». Il y est précisé que cette entreprise cessera de vendre des cultures, des semences et des kits de culture de l’espèce pour ne plus contribuer à la dissémination des spores de cette espèce dans l’environnement. Une invitation est également faite à se joindre à ce  projet à tous les producteurs de champignons en Italie retirant P. citrinopileatus et P. cornucopiae de leur production et signale enfin la création d’un observatoire sur la présence de P. citrinopileatus en Italie.

Consacré exclusivement aux observations de cette espèce en Italie pour contribuer à la connaissance et à sa gestion, cet Observatoire Citrinopileatus s’inscrit dans un programme de science participative intégré dans la plateforme iNaturalist comme un répertoire spécifique.

En Suisse

Dans un article publié en avril 2023 se trouvait présenté un aperçu des espèces exotiques présentes en Suisse et de leurs conséquences.

Réalisé sous la direction de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) et mis en ligne à l’automne 2022, ce document dressait un bilan des connaissances, des évaluations de risques et des statuts attribués aux espèces exotiques introduites de fonge, flore et faune en Suisse.

Parmi ces espèces figuraient 145 espèces exotiques de champignons dont 23 considérées comme envahissantes et parmi lesquelles 20 « dont il est prouvé qu’elles causent des dommages ». Dans cette liste se trouvent la peste  de l’écrevisse (Aphanomyces astaci) et la Chytride (Batrachochytrium dendrobatidis) s’attaquant aux amphibiens, mais la plupart de ces champignons envahissants sont des pathogènes des espèces d’arbres. La publication citait toutefois deux espèces, le bolet ivoire (Suillus placidus) et l’Anthurus d’Archer (Clathrus archeri) (champignon de couleur et de conformation très particulières qui illustre d’ailleurs la couverture du document) pour lesquelles des recherches pour en évaluer les impacts sur les champignons indigènes étaient jugées nécessaires.

La « notice pour le praticien » de 2025 sur Le pleurote jaune et les risques des champignons cultivés naturalisés déjà citée présente quelques exemples de ces espèces pouvant se retrouver en milieu naturel, comme le shiitake (Lentinula edodes) ou la Strophaire à anneau rugueux (Stropharia rugosoannulata) qui pourraient venir en compétition avec les champignons indigènes. Elle inclut quelques conseils de pratiques responsables vis-à-vis des risques de propagation en milieu naturel de ces champignons cultivés.

En France

Les informations disponibles sur Pleurotus citrinopileatus dans l’hexagone sont encore rares. Aucun des sites institutionnels consultés, ceux des CBN ou celui du GBIF, ne localise d’observations de l’espèce sur le territoire.

L’espèce est présente dans la liste des espèces de champignons exotiques en France en annexe du Cahier Technique des Réserves Naturelles de France de 2021 sur la  prise en compte de la fonge dans les espaces naturels.

Une consultation de différents sites associatifs a permis d’accéder à une fiche illustrée assez succincte sur le site de MycoDB, créée en 2006, elle ne cite aucune récolte de l’espèce ni aucun échange sur le forum de l’association.

Il se peut cependant que des observations en milieu naturel soient effectivement référencées sur différents sites associatifs consacrés à la mycologie, comme par exemple cette observation de 2010 dans la forêt de Haguenau (Bas-Rhin), signalant le fait qu’il pourrait s’agir d’un des premiers cas d’implantation spontanée en milieu naturel de ce champignon originaire d’Asie, cultivé en France depuis quelques décennies. D’autres références à cette espèce concernant des présentations réalisées lors d’expositions sont également disponibles (les premières datant apparemment du début des années 2000), l’origine de ces spécimens (sauvages ou cultivés) n’étant pas précisée.

Rédaction : Alain Dutartre, expert indépendant

Relecture : Camille Bernery (Comité français de l’UICN)

Remerciement pour les information fournies : Guillaume EYSSARTIER, Gérald GRUHN, Marc-André SELOSSE, Hubert VOIRY

Crédits photo en bandeau : © Jörgens.mi

Bibliographie :

  • Aishwarya Veerabahu, Mark T. Banik, Daniel L. Lindner, Anne Pringle, Michelle A. Jusino.  2025, Invasive golden oyster mushrooms are disrupting native fungal communities as they spread throughout North America. Current Biology 35, 3994–4002 https://doi.org/10.1016/j.cub.2025.06.049 
  • Desprez-Loustau, M.L., Robin, C., Buée, M., Courtecuisse, R., Garbaye, J., Suffert, F., Sache, I., and Rizzo, D.M. (2007). The fungal dimension of biological invasions. Trends Ecol. Evol. 22, 472–480. https://doi.org/10.1016/j.tree.2007.04.005

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