Les Seychelles deviennent le premier pays à éradiquer la Perruche à collier

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Principales îles des Seychelles

Principales îles des Seychelles

La Perruche à collier (Psittacula krameri) est une espèce présentant un fort potentiel envahissant. Ce psittacidé a été largement introduit à travers le globe de par sa notoriété en tant qu’animal de compagnie et on compte aujourd’hui des populations reproductrices en milieux naturels dans plus de 40 pays hors de son aire de répartition d’origine. En plus des potentielles pertes agricoles et des dégâts sur les infrastructures humaines qu’elle peut occasionner, la présence de l’espèce représente une menace majeure pour la biodiversité indigène (voir par exemple notre article sur la compétition en Espagne avec des chauves-souris menacées).

L’isolement des Seychelles dans l’Océan Indien permet à cet archipel de 115 îles d’abriter de nombreuses espèces endémiques, toutefois très vulnérables face aux espèces introduites. Les premiers individus de Kato Ver (le nom local de la Perruche à collier) auraient été observés en milieu naturel en 1997 sur l’île de Mahé. Ils seraient issus d’individus importés comme animaux de compagnie à partir des années 1970. Sa présence était également signalée sur l’île de Silhouette, et a été confirmée à Praslin en 2014. Sur cette dernière, une compétition agressive pour les ressources et les sites de nidification avec le Perroquet noir (Vaza des Seychelles ou Kato nwar, Coracopsis barklyi), oiseau endémique de l’île classé vulnérable sur la liste rouge mondiale de l’UICN était fortement redoutée. La transmission de maladies était également suspectée, les perruches à collier étant impliquées dans la transmission d’un virus affectant les plumes et le bec (Psittacine Beak and Feather disease, PBFD) de la Perruche de Maurice (Psittacula eques), endémique de l’île du même nom et également en danger d’extinction (540 individus dénombrés en milieu naturel en 2011).

Vaza des Seychelles (à gauche), Perruche de Maurice (à droite)

Une première tentative d’éradication de la Perruche à collier avait été organisée au début des années 2000, sans succès. Des pièges de différentes sortes avaient été utilisés (cages, filets) mais s’étaient avérés peu efficaces, l’animal apprenant vite à éviter les sites de piégeage.

Depuis 2011, la Seychelles Island Foundation (SIF) a mené une nouvelle initiative nationale pour contrôler l’espèce, en collaboration avec le ministère local chargé de l’environnement, ainsi que les forces de police et de défense locale, avec le soutien financier de l’Union Européenne (960 000 €), l’Environment Trust Fund Seychelles, et le Global Environment Facility. Il s’agit de campagnes de tir, avec une équipe d’observateurs qui suivent les individus et observent leur comportement, et le rapportent ensuite à une équipe de tireurs chargés de les abattre. Pour ces opérations, la SIF a également fait appel à l’expertise de tireurs néo-zélandais.

Les opérations comprenaient également une importante campagne de sensibilisation, impliquant le public dans le repérage des individus. Un numéro de téléphone était mis à disposition pour les signalements. Une prime était apportée pour tout signalement vérifié (15 $US), majorée si le signalement avait permis à l’équipe la destruction de l’individu (150 $US).

Au début des opérations, la population de Perruche à collier avait été estimée entre 300 et 400 individus. Ce sont finalement près de 550 individus qui ont été abattus. Le dernier spécimen connu a été abattu en août 2017, et le précédent l’avait été en mai 2016. Un an et demi après le dernier tir, et après un suivi complet, aucune présence de l’espèce n’a été détectée sur l’archipel, permettant de conclure au succès de ce programme.

Les analyses réalisées ultérieurement ont mis en évidence la présence du virus PBFD sur 50 % des 23 cadavres de perruches testés collectés à Mahé, démontrant que la démarche d’éradication s’avérait justifiée pour préserver la population de Perroquet noir. La réintroduction de l’espèce est peu probable du fait de la règlementation locale interdisant toute importation d’oiseaux aux Seychelles.

Il ne s’agit pas du premier succès de la Seychelles Island Foundation, l’organisme ayant précédemment conduit des campagnes d’éradication réussies contre les chèvres, les chats et le rat noir. La prochaine cible est désormais la Fourmi folle jaune (Anoplolepis gracilipes) qui menace la faune endémique, en particulier les invertébrés, de la vallée de Mai, site de Praslin classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Bien que compliquée par les difficultés d’accès à certains sites, cette réussite à été favorisée par le caractère insulaire du territoire et par la forte implication et collaboration de tous les acteurs locaux.

La Perruche à collier est une espèce aujourd’hui largement installée en Europe. En France, les populations les plus importantes sont situées en Ile-de-France et en PACA (Marseille, Nice, Fréjus) (Croquet et Rozzo, 2019). Venant s’ajouter à sa facilité de dispersion sur un vaste territoire favorable, l’attachement du public à l’espèce y freine les possibilités de mise en œuvre d’actions de régulation (voir notre article sur les difficultés de gestion d’espèces exotiques charismatiques). Au Seychelles, la menace clairement identifiée concernant un oiseau endémique vulnérable, et la sensibilisation qui en a été faite, a probablement contribué à l’acceptation des mesures d’éradication par les populations locales, tout comme le système de prime au signalement de l’espèce.

Les difficultés d’action sur cette espèce en milieu continental mettent une fois de plus en évidence l’importance cruciale de la réaction rapide lors de la détection de nouvelles espèces, afin d’agir avant que les populations ne soient trop étendues et nécessitent des moyens considérables. Dans le cas de la Perruche à collier, ces difficultés sont accentuées par la perception positive actuelle de l’espèce par le public, rendant indispensable un fort accroissement des efforts de sensibilisation à destination du grand public sur la nécessité de préserver les écosystèmes locaux face à la problématique des espèces exotiques envahissantes.

Rédaction : Doriane Blottière
Relectures : Alain Dutartre, expert indépendant, Emmanuelle Sarat, Comité français de l’UICN, Marine Le Louarn, IRSTEA

En savoir plus

Seychelles Island Foundation. 2019. Seychelles becomes the first country in the world to eradicate the invasive ring-necked parakeet.

Seychelles News Agency. 2019. Ring-necked parakeet declared eradicated from Seychelles after 8 years of work.

Seychelles News Agency. 2017. Death of last known ring-necked parakeet a big win in Seychelles’ invasive species fight.

Croquet, V et Rozzo, C. 2018. Approche expérimentale de la gestion de la perruche à collier en région méditerranéenne. Faune Sauvage n°321.

Centre de ressources EEE. 2018. Perruches à collier contre chauves-souris : l’élimination d’une espèce menacée par une espèce exotique envahissante.

Centre de ressources EEE. 2019. Difficulté de gestion d’espèces exotiques charismatiques : entre écologie et représentations.

Cet article est également disponible en : Anglais

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