Solutions et outils pour faire face à l’Herbe de la pampa – Un webinaire du centre de ressources EEE

Le Centre national de ressources sur les espèces exotiques envahissantes a organisé le mardi 20 janvier 2026, avec l’Office français de la biodiversité (OFB), le Conservatoire d’espaces naturels de Nouvelle-Aquitaine (CEN-NA) et le Conservatoire botanique national Sud-Atlantique (CBN-SA), un webinaire de 2 heures qui portait sur les solutions et les outils pour faire face à l’Herbe de la pampa (Cortaderia selloana).

Plante herbacée, terrestre et vivace, originaire d’Amérique du Sud, l’Herbe de la pampa (Cortaderia selloana) a été importée et utilisée en Europe pour ses belles inflorescences et ses qualités ornementales. Cette espèce végétale, de la famille des Poacées (graminées), est maintenant largement introduite, établie et répandue sur presque tout le territoire hexagonal, principalement sur une large frange littorale de la Manche jusqu’à la Méditerranée, en particulier le long de l’Atlantique. Elle continue de proliférer et de coloniser l’intérieur des terres, favorisée par le dérèglement climatique, et grâce à une production et une dispersion importantes de graines, tout en formant localement des populations vastes et denses. Avec ses grosses touffes cespiteuses, elle concurrence les plantes indigènes et perturbe les habitats naturels, ce qui entraîne une diminution de la biodiversité et une dégradation des paysages. Elle peut également causer des problèmes à la société en favorisant les incendies et en gênant les infrastructures, et elle peut aussi importuner la santé humaine de par un pollen allergisant et des feuilles coupantes.

Depuis mars 2023, cette espèce est règlementée en France comme une espèce exotique envahissante (EEE) de niveau 2 (L411-6 Code de l’environnement), ce qui interdit notamment sa production, sa vente, son achat, son transport et son utilisation. Elle a fait l’objet d’un partenariat LIFE européen intitulé StopCortaderia entre 2018 et 2022 porté par l’Espagne et le Portugal, depuis 2023 et jusqu’en 2028 il se poursuit par le LIFE CoopCortaderia dans lequel la région Nouvelle-Aquitaine est engagée en particulier. Ce programme vise à développer et mettre en œuvre une alliance et une stratégie transnationales pour gérer l’Herbe de la pampa.

Le webinaire avait pour objectif de partager et de diffuser les bons conseils produits notamment dans le cadre du LIFE CoopCortaderia par les coordinateurs et leurs partenaires pour aider les acteurs confrontés à cette espèce problématique.

Ce webinaire a été un réel succès avec plus de 460 inscrits initialement et environ 280 participants finalement, d’horizons divers et variés (gestionnaires, collectivités, associations, institutionnels, chercheurs, entreprises, etc.). Plus d’une centaine de questions ont été posées en ligne. Pour répondre au maximum d’entre elles une FAQ est proposée à la fin de l’article. 

Intervenants

Les 3 intervenants étaient :

  • Arnaud Albert (OFB) : Chargé de mission et de recherche sur les espèces exotiques envahissantes
  • Annabelle Thierry (CEN-NA) : Chargée de mission Pays basque – Landes / LIFE CoopCortaderia
  • Aurélien Caillon (CBN-SA) : Chargé de mission botaniste

Enregistrement

Programme et supports

Le webinaire était composé de 5 interventions réparties en 2 sessions :

Mot d’accueil – Arnaud Albert – 0:00-5:27 – support de présentation 

  • Présentation de l’herbe de la pampa (Cortaderia selloana) – Aurélien Caillon – 5:27-23:36 – support de présentation
  • Présentation du LIFE CoopCortaderia et de sa stratégie transnationale de lutte – Annabelle Thierry – 23:36-43:38 – support de présentation

Questions-réponses – 43:38-55:13

  • Prévention, contrôle et surveillance de l’herbe de la pampa – Arnaud Albert – 55:13-1:07:01 – support de présentation 
  • Gestion, traitement et restauration en lien avec l’herbe de la pampa – Annabelle Thierry et Aurélien Caillon – 1:07:01-1:38:42 – support de présentation

Questions-réponses – 1:47:58-2:00:12

Conclusion – Arnaud Albert – 2:00:29-2:01:52 – support de présentation 

Découvrez la FAQ

La stratégie du LIFE CoopCortaderia doit-elle être déclinée dans les régions autres que celle de la Nouvelle-Aquitaine notamment celles qui commencent à être envahies ?

Il n’y a pas de déclinaison officielle prévue, néanmoins les acteurs concernés sont encouragés à transposer les éléments de la stratégie aux autres régions de l’Hexagone qui seraient intéressées, notamment celles concernées par des fronts de colonisation de la plante. Ce transfert de connaissances passe notamment par l’organisation de séminaires qui se déroulent régulièrement, par exemple en Pays de la Loire en 2024 et en Bretagne en 2026.

Non le financement du LIFE CoopCortaderia concerne uniquement la région Nouvelle-Aquitaine parce que c’est la seule région qui est officiellement engagée dans la démarche : le budget pour entreprendre des actions se limite au territoire néo-aquitain. Néanmoins, de l’accompagnement et du conseil avec des réponses aux questions peuvent être apportés auprès des organismes d’autres régions, vous pouvez dans ce cas rejoindre l’« alliance » pour bénéficier de cet appui.

Elle est en moyenne d’un an dans le sol, car au-delà le taux de germination semble baisser assez drastiquement. Des tests sur les capacités de germination des graines en milieu naturel et en laboratoire au Portugal ont montré que la durée peut même être légèrement inférieure. En milieu naturel, la banque de graines pourrait germer pendant potentiellement 10 mois, tandis qu’en conditions de laboratoire, cela pourrait atteindre 2 ans dans les inflorescences mais sans jamais dépasser les 2 ans (https://onlinelibrary.wiley.com/doi/pdf/10.1111/rec.14175).

Une vingtaine d’espèces appartiennent au genre Cortaderia, et en fonction des auteurs cela varie de 17 à 27. Néanmoins le taxon Cortaderia selloana (Schult. & Schult.f.) Asch. & Graebn., l’Herbe de la pampa, est bien décrit génétiquement et phénotypiquement. Par ailleurs, plusieurs cultivars sont proposés : ils sont eux aussi réglementés. Même lorsque certains sont présentés comme stériles, la stérilité réelle n’est jamais totalement garantie ; des retours à la fertilité après plusieurs années de plantation ont déjà été observés chez d’autres taxons initialement annoncés comme stériles. Il convient donc de rester prudent quant à leur utilisation.

Tout dépend. Si les plumeaux (ou panicules) coupés sont séchés et traités via une filière adaptée pour s’assurer qu’il n’y ait pas de graines viables, alors le risque semble être minimisé. Bien souvent, ils sont utilisés en extérieur notamment pour de l’événementiel comme des mariages, où le risque de dissémination existe, notamment si les plumeaux ont été collectés en nature par des particuliers, ce qui est formellement interdit par la loi.

Bien que l’Herbe de la pampa soit moins présente dans l’Est du fait des hivers froids et d’un climat plus continental, sa forte plasticité écologique et les aléas liés au changement climatique rendent possible une extension ponctuelle ou progressive de son aire de naturalisation. Donc même si le risque de naturalisation et d’envahissement est considéré comme étant faible aujourd’hui comparé aux zones océaniques et méditerranéennes, il est prudent de maintenir une vigilance, une prévention, une sensibilisation et une gestion ciblée. L’Herbe de la pampa est surtout gélive au stade juvénile, mais tolère très bien des gelées pouvant atteindre -15°C voire -20°C dans certaines conditions.

Les massifs denses ont parfois été indiqués comme zone refuge pour les rongeurs (rats notamment) en France et Corse. Les massifs d’Herbe de la pampa fourniraient aussi un refuge pour le Lézard ocellé en littoral sud-atlantique. Néanmoins ce dernier trouve naturellement refuge dans des habitats artificiels (blauckhaus, etc.) ou naturels (base des arbres et arbustes, bois mort, etc.) présents en littoral atlantique et n’est pas directement associé à la présence d’Herbe de la pampa. 

L’Herbe de la pampa n’est pas à proprement parler une espèce pyrophile, c’est-à-dire dépendante du feu pour se reproduire. En revanche, les incendies peuvent clairement favoriser sa propagation indirectement. Elle peut être dynamisée suite aux incendies qui engendrent une ouverture du milieu, limite la concurrence d’autres espèces et facilite l’accès aux ressources (lumière, nutriments, etc.). Les tentatives d’écobuage et de brûlage dirigé réalisées en Nouvelle-Aquitaine ont eu peu d’effet sur les massifs d’Herbe de la pampa (la plante repartant de la souche). Les incendies peuvent donc créer des conditions favorables à son expansion, susceptibles d’entraîner une accélération de l’invasion dans les années qui suivent un feu.

Comme toujours l’approche à adopter doit être nuancée, réfléchie et pragmatique. Certes il s’agit d’une espèce exotique envahissante (EEE), dont la prolifération peut poser des impacts, mais il faut agir ou non en fonction des populations et du contexte, chaque situation est unique. Compte-tenu de la situation actuelle, une éradication n’est pas envisageable à l’échelle nationale. Cependant, compte tenu de sa plasticité écologique, des voies de dispersion multiples et des conséquences du changement climatique, il est probable que l’Herbe de la pampa progresse à l’échelle nationale. Dans ce contexte, il apparaît plus réaliste d’adopter une stratégie de gestion différenciée et préventive, menée de l’extérieur vers l’intérieur. Cela en priorisant les actions sur les sites les plus sensibles (espaces naturels sensibles ou protégés, etc.), sur les sites présentant un risque de dissémination élevé (voies de communication, etc.) ou dans les zones dans lesquelles la plante est encore peu présente.

La réglementation existante n’oblige pas explicitement à détruire la plante mais elle invite les particuliers à le faire, surtout pour éviter la dissémination car l’« introduction en milieu naturel » est répréhensible par la loi, c’est une contravention si c’est par négligence ou par imprudence, et c’est un délit si c’est volontaire.

C’est possible mais il faut avant tout l’accord du propriétaire. De la sensibilisation et de la discussion sont donc nécessaires auprès du propriétaire. Le panorama règlementaire sur les EEE du CDR-EEE présente en page 22 un logigramme sur cette prise de décision.

D’un point de vue théorique comme empirique, la réponse est négative. L’espèce étant une graminée (Poaceae), son fonctionnement est comparable à celui d’un gazon soumis à des tontes régulières : la repousse est systématique. Chez cette herbacée, les méristèmes sont localisés à la base de la plante, ce qui confère une forte capacité de régénération après coupe. Les coupes répétées affectent principalement la biomasse foliaire aérienne et entraînent une réduction progressive de la surface photosynthétique, pouvant à terme affaiblir l’individu. Toutefois, l’épuisement des réserves physiologiques nécessiterait une pression de gestion très prolongée, probablement de l’ordre de plusieurs années, voire d’une décennie ou plus, rendant cette stratégie particulièrement chronophage. Dans ce contexte, la gestion par arrachage apparaît nettement plus efficace et opérationnelle.

Il s’agit du Deraciner extractor : https://deraciner.com/. C’est un peu le même principe qu’une grelinette, l’appareil manuel permet de planter des piques au pied de l’Herbe de la pampa puis de faire un levier, c’est purement physique, et assez facile d’utilisation. Cela peut être utilisé pour d’autres plantes exotiques envahissantes.

Effectivement les corridors éoliens et de circulation (axes de circulation, voies de transport) sont à prendre en compte lorsque vous préparez ou organisez un projet de lutte contre l’espèce.

Oui, en particulier dans les secteurs exposés à un risque élevé, notamment incendie. Les OLD peuvent constituer un levier juridique pertinent pour inciter à la gestion de l’espèce, bien qu’elles ne la ciblent pas explicitement. En effet, cette espèce est susceptible d’accroître significativement le risque incendie en raison de sa forte production de biomasse et de matière sèche inflammable, ainsi que de l’accumulation de litière persistante, liée à une décomposition lente des feuilles. À ce titre, sa présence peut être considérée comme incompatible avec les objectifs de réduction de la charge combustible poursuivis par les OLD, justifiant ainsi des interventions de gestion dans les zones concernées.

Il est possible de trouver des informations utiles sur ce site : https://www.sinoe.org/

Les responsables du LIFE CoopCortaderia ont échangé et rencontré des intercommunalités qui gèrent en interne et notamment par de l’incinération du fait de la vigilance à apporter vis-à-vis des inflorescences pendant la période de floraison et de fructification qui s’étend d’août à octobre. En dehors de cette période il est possible de mettre dans la zone à déchets verts, avec un éventuel compostage possible. En cas de refus, les responsables du LIFE peuvent jouer le rôle d’intermédiaire en contactant les intercommunalités ou directement le syndicat de gestion des déchets pour leur apporter des explications.

L’article L. 411-8 sur les EEE du Code de l’environnement stipule que les interdictions prévues à l’article L. 411-6 (dont l’interdiction de transport) ne s’appliquent pas au transport des spécimens collectés vers les sites de destruction.

La limitation de la reprise passe en priorité par la prévention de la mise à nu des sols. Selon les sites la revégétalisation des surfaces traitées, à l’aide d’espèces indigènes d’origine locale, constitue une mesure efficace pour réduire les opportunités de germination issues de la banque de graines. Rappelons qu’en premier recours, la revégétalisation spontanée doit être visée. Certains sites peuvent ne pas être adaptés à une revégétalisation qui peut être préjudiciable à des espèces et/ou habitats à enjeux (milieux dunaires, etc.). Le recours à des végétaux bénéficiant de la marque Végétal Local  (https://www.vegetal-local.fr/) garantit l’adéquation écologique et génétique du matériel végétal utilisé et contribue à renforcer la résilience des communautés végétales restaurées.

La marque Végétal Local (https://www.vegetal-local.fr/), ainsi que des guides « plantons local » en régions (https://www.vegetal-local.fr/ressources), et des outils numériques d’aide au choix des espèces (https://obv-na.fr/vegetalisation/choix_especes), sont facilement accessibles sur internet.

Il faut effectivement privilégier une revégétalisation « passive » (spontanée) avec suivi régulier et arrachage éventuel s’il y a l’arrivée d’EEE. La revégétalisation « active » n’est pas systématique, elle est surtout privilégiée en milieux rudéralisés, ou en accompagnement sur des sites naturels visant à accompagner la végétalisation spontanée (praires, etc.). Dans tous les cas, un suivi attentif de la reprise végétale des espèces indigènes, mais aussi envahissantes, est obligatoire pendant au moins deux ans. Ce suivi permet une gestion rapide par détection précoce des plantules d’Herbe de la pampa issues de la banque de graines installée, qui peuvent germer après l’action d’arrachage engagée (à n+1).

L’interprofession du végétal, VALHOR, qui regroupe une bonne partie de l’ensemble des producteurs, des distributeurs et des paysagistes, a beaucoup communiqué récemment sur cette espèce (https://www.valhor.fr/actualites/herbe-de-la-pampa-rappel-des-interdictions).

Tout activité relative à l’Herbe de la pampa, comme le commerce, est interdite depuis le 2 mars 2023 car l’espèce a été règlementée en métropole par un arrêté ministériel de cette date. Toute mise en vente, toute vente et tout achat réalisé actuellement est une activité illégale qui peut faire l’objet d’un contrôle de la police de l’environnement qui pourrait conduire à une sanction en délit.

L’Herbe de la pampa est règlementée dans le Code de l’environnement mais pas dans le Code de la santé publique. Il y a néanmoins de plus en plus de preuves scientifiques qui démontrent que l’Herbe de la pampa a un pollen allergisant qui pourrait devenir un problème sanitaire de plus en plus important. Cela pourrait éventuellement conduire à une reconnaissance de ce statut avec un impact négatif sur la santé humaine. Une inscription comme espèce nuisible à la santé humaine pourrait faciliter la prise d’arrêtés et l’obligation de gestion. Le projet de recherche engagé dans le cadre du LIFE CoopCortaderia sur l’impact du pollen de l’Herbe de la pampa sur la santé humaine, mené par Alberto Gandarillas et Idival Vadlecilla, a pour objectif de démontrer scientifiquement ce point et de faire évoluer le statut de l’espèce en France.

Documentation

Ressources sur l’Herbe de la pampa :

 

Ressources sur le LIFE CoopCortaderia :

 

Ressources sur les observations de l’espèce :

 

Ressources sur les EEE :

 

Quelques publications scientifiques sur l’espèce :

Contact

Maxime Guénard (m.guenard@cen-na.org) est le nouveau chargé de missions du LIFE CoopCortaderia au CEN-NA à partir de février 2026.

Rédaction : Arnaud Albert (OFB)

Relecture : Annabelle Thierry (CEN-NA), Aurélien Caillon (CBN-SA), Carine Lecoeur (CBN-SA),

Maxime Guénard (CEN-NA), Yohann Soubeyran (UICN France)

 

Crédit photo : Annabelle Thierry (CEN-NA) 

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