Les menaces d’un champignon délicieux et facile à cultiver : Pleurotus citrinopileatus – Présentation de l’espèce

Facile à cultiver et apprécié pour ses qualités culinaires, le pleurote doré (Pleurotus citrinopileatus) est aujourd’hui commercialisé dans de nombreux pays, notamment sous forme de kits de culture domestique. Pourtant, sa dispersion en milieu naturel en Amérique du Nord et les effets potentiels sur les communautés de champignons indigènes mis en évidence par des travaux scientifiques récents soulèvent des questions quant aux risques écologiques associés à sa culture et à sa commercialisation.

Ce dossier propose de faire le point sur les connaissances disponibles, les moyens de prévenir sa dispersion, les initiatives engagées en Europe et les pistes d’action envisageables. Au-delà du cas du pleurote doré, il vise également à attirer l’attention sur un enjeu encore peu étudié : les risques écologiques liés à la dispersion des champignons exotiques cultivés et la nécessité de mieux les prendre en compte dans les démarches de prévention des invasions biologiques.

Ce dossier « Les menaces d’un champignon délicieux et facile à cultiver : Pleurotus citrinopileatus » est composé de quatre articles :

A la fin du mois d’août 2026 sur le site Slate.fr, un article  reprenait des informations issues d’un précédent article publié au début du même mois par le site New Scientist à propos de la découverte en milieu naturel en Angleterre d’une espèce de champignon exotique du genre Pleurotus, le pleurote doré, Pleurotus citrinopileatus.

Si le titre de l’article en français semblait relativement explicite « Un champignon jaune venu d’Asie envahit les forêts européennes, et c’est un problème« , il n’avait pas la précision de celui du site anglais qui posait plus clairement une question sur la modalité et les risques de dispersion de ce champignon : « Are mushroom-growing kits seeding a biodiversity crisis across Europe? » (Les kits de culture de champignons pourraient-ils être à l’origine d’une crise de la biodiversité à travers l’Europe ?).

Pleurotus citrinopileatus – Crédits : Chatama

N.B. : un précédent article de septembre 2025 indiquant « Pourquoi ce joli champignon doré inquiète-t-il les chercheurs ?  » sur le site de Futura Sciences présentait déjà les enjeux de sa dispersion mais ne semblait pas avoir suscité de réactions visibles.

Ce champignon « facile à cultiver, spectaculaire et très rentable » est une des espèces comestibles cultivées dans de nombreux pays depuis de nombreuses années et, plus récemment, très largement vendues en ligne dans des kits de culture devenus maintenant populaires en Amérique du Nord et en Europe, permettant une production en termes de mycologie domestique facilement présentée comme « une expérience enrichissante du jardinage intérieur avec un côté à la fois ludique et pédagogique« .

N.B : dans la version française d’une « notice pour le praticien » de l’Institut fédéral suisse de recherches sur la forêt, la neige et le paysage  » Le pleurote jaune et les risques des champignons cultivés naturalisés » on pourra trouver de nombreuses informations sur l’espèce, ses caractéristiques, l’historique de sa colonisation hors des zones d’origine, les risques liés à cette espèce et à d’autres champignons cultivés s’installant dans des milieux naturels, et les moyens de prévention et de lutte.

Ce champignon « facile à cultiver, spectaculaire et très rentable » est une des espèces comestibles cultivées dans de nombreux pays depuis de nombreuses années et, plus récemment, très largement vendues en ligne dans des kits de culture devenus maintenant populaires en Amérique du Nord et en Europe, permettant une production en termes de mycologie domestique facilement présentée comme « une expérience enrichissante du jardinage intérieur avec un côté à la fois ludique et pédagogique« .

L'exemple américain

Une publication de Veerabahu et al. (2025) présente un panorama des connaissances sur la dispersion de l’espèce en Amérique du Nord et sur ses conséquences écologiques, en particulier en ce qui concerne les impacts directs sur les communautés fongiques indigènes.

Leur étude de terrain a porté sur les communautés fongiques présentes sur des ormes morts dans le centre-sud du Wisconsin, un état du nord des États-Unis, comportant ou non cette espèce exotique. Les analyses génétiques par métabarcoding leur ont permis de caractériser la diversité et la richesse en espèces de ces communautés fongiques et d’évaluer les modifications engendrées par la présence de P. citrinopileatus.

La figure 1 montre les résultats de ces analyses avec (with w/) et sans (without w/o) cette espèce.

(A) Les arbres abritant l’espèce affichaient une richesse significativement plus faible en espèces fongiques,

(B) Les communautés fongiques sont significativement différentes en présence de l’espèce.

(C) Le bois contenant l’espèce présentait une richesse en espèces fongiques significativement plus faible que le bois sans elle.

(D) Les communautés fongiques dans le bois sont significativement différentes en présence de l’espèce.

Figure 1 : Résultats des analyses

Les auteurs notent que l’espèce semble être un concurrent redoutable ayant des répercussions considérables (« a strong competitor with dramatic impacts« ) sur la biodiversité fongique. Les arbres colonisés abritent nettement moins d’espèces fongiques que ceux qui ne le sont pas, et la composition des communautés fongiques dans les arbres colonisés ou non est très différente. Les mécanismes en jeu peuvent inclure une concurrence par interférence directe, une concurrence indirecte pour les ressources et des modifications du microhabitat du bois et de la biochimie induites par la décomposition de l’espèce ou une combinaison de ces facteurs, tous ces éléments entrainant des réductions de développement des autres espèces fongiques, voir l’extinction locale de certaines d’entre elles. Ils émettent également l’hypothèse que la sélection artificielle de caractères recherchés par l’industrie de la culture des champignons (croissance rapide, production abondante, tolérances accrues à la température, aux moisissures, etc.) pourrait contribuer au succès de cette invasion.

 Depuis les observations de 2010, P. citrinopileatus  s’est très rapidement propagé sur un vaste territoire (la publication présente une succession de cartes entre 2016 et 2023, voir Figure 2) et, fin 2023, les observations recensaient sa présence dans 23 États américains, depuis le Texas, au sud, jusque dans le Minnesota au nord, et en Ontario, au Canada.

En raison du changement climatique et en appliquant un modèle de répartition des espèces s’appuyant sur des observations scientifiques validées et des données climatiques nord-américaines, les auteurs indiquent que ce champignon pourra étendre son aire de répartition au-delà de son périmètre actuel. Selon ce modèle, parmi les  zones d’Amérique du Nord qui pourraient être touchées, ils citent la chaîne des Appalaches, la région des Grandes Plaines et l’Alaska.  

Le caractère extrêmement envahissant de ce champignon et les perturbations qu’il peut engendrer dans la biodiversité fongique indigène peuvent également avoir des impacts sur d’autres aspects de la biodiversité forestière dépendant du bois mort, comme par exemple celle des oiseaux, voire modifier la dynamique des écosystèmes.

 En rappelant que le commerce mondial facilite directement l’introduction d’espèces exotiques, les auteurs notent que cette commercialisation de champignons est devenue une nouvelle voie d’introduction, avec des acheteurs les « lâchant dans leur jardin » (« let it go’’ into their backyards« ) facilitant de cette manière la dispersion de l’espèce.

Figure 2 : Cartes des observations participatives du pleurote doré par année, issues des bases de données iNaturalist et MushroomObserver

N.B. : Dans sa thèse de l’Université du Wisconsin portant sur la génétique de 29 populations de l’espèce installées en milieu naturel dans 6 états (et des échantillons issus de cultures commerciales), Andrea Bruce (2018) a montré qu’une forte similarité génétique existait entre tous les échantillons sauvages et deux des isolats commerciaux examinés, qui pourraient donc être des souches sources des populations sauvages. La subdivision génotypique des échantillons sauvages ne présente cependant pas de corrélation étroite avec la localisation géographique, ce qui suggère des introductions multiples et une propagation induite par l’homme.

Dans la discussion de leur publication figurent à la fois un constat sur les connaissances scientifiques insuffisantes pour une évaluation correcte de la multiplicité des impacts possibles de cette espèce sur la biodiversité locale et de l’ampleur à venir de ces impacts en lien avec la dynamique d’invasion constatée, mais aussi l’absence actuelle de  stratégie de gestion permettant de contrôler la propagation de cette espèce et d’autres champignons envahissants. Cet ensemble d’insuffisances rend nécessaire le développement d’actions de préventions et d’atténuation de ces dynamiques fongiques en communiquant avec les parties prenantes concernées par l’utilisation de ces champignons comestibles, entreprises et consommateurs.

Rédaction : Alain Dutartre, expert indépendant

Relecture  : Camille Bernery (Comité français de l’UICN)

Remerciement pour les information fournies : Guillaume EYSSARTIER, Gérald GRUHN, Marc-André SELOSSE, Hubert VOIRY

Crédit photo en bandeau : Eva Kröcher

Bibliographie :

  • Aishwarya Veerabahu, Mark T. Banik, Daniel L. Lindner, Anne Pringle, Michelle A. Jusino.  2025, Invasive golden oyster mushrooms are disrupting native fungal communities as they spread throughout North America. Current Biology 35, 3994–4002 https://doi.org/10.1016/j.cub.2025.06.049 
  • Desprez-Loustau, M.L., Robin, C., Buée, M., Courtecuisse, R., Garbaye, J., Suffert, F., Sache, I., and Rizzo, D.M. (2007). The fungal dimension of biological invasions. Trends Ecol. Evol. 22, 472–480. https://doi.org/10.1016/j.tree.2007.04.005

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