Ne pas oublier la Crassule de Helms !

Dans une note de synthèse intitulée « Bilan 2011-2025 de la Crassule de Helms sur 4 mares en Deux-Sèvres (79) » transmise en décembre 2025, Nicolas PIPET (IIBSN), résumait ses interventions de gestion sur quatre sites concernés par cette très petite plante aquatique et semi-aquatique capable de couvrir d’un engazonnement très dense rives et milieux immergés de très nombreux types de zones humides.

Cette note est venue rappeler la vigilance à maintenir dans l’hexagone pour tenter de ralentir sa dispersion et la nécessité de poursuivre les efforts de communication à lui consacrer, alors qu’une nouvelle population peut s’installer dans un site et s’y développer sans qu’aucune attention particulière ne lui soit portée avant qu’elle ne devienne un objet facilement visible.

N.B. : Cette espèce est inscrite dans les listes de l’Arrêté du 14 février 2018 relatif à la prévention de l’introduction et de la propagation des espèces végétales exotiques envahissantes sur le territoire métropolitain et réglementée au titre de l’article L.411-6 du Code de l’environnement (niveau 2), de l’Arrêté du 2 mars 2023 portant mise à jour de la liste des espèces animales et végétales exotiques envahissantes sur le territoire métropolitain et, depuis juillet 2025, dans celle des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union Européenne, en application du règlement européen  n°1143/2014.

Depuis les débuts de sa dispersion dans l’hexagone et après des découvertes multiples et souvent surprenantes par la rapidité des colonisations de divers sites, l’espèce a déjà suscité de nombreuses interventions de gestion et permis la rédaction et la mise en ligne de neuf retours d’expérience accessibles sur le site du CDR…

Une fiche actualisée sur la Crassule de l’Organisation Européenne de Protection des Plantes est également disponible qui propose une synthèse très complète sur l’espèce et sa gestion.

Crédits : CEN Normandie

Quelques rappels historiques...

Dans un article de 2012 présentant un bilan actualisé des EEE dans les milieux aquatiques de l’hexagone, la dispersion rapide de l’espèce avait déjà attiré l’attention sur de nécessaires actualisations des listes de références où elle ne figurait pas encore.

Une première alerte du CDR lui a été consacrée dans un article de mars 2015. Elle citait une publication parue en 2012 dans la revue Erica (Zambettakis et Hebert, 2012) rapportant diverses observations de cette espèce réalisées depuis une première mention en Bretagne en 1999 et la présentant comme une « véritable invasive dans le Nord-Ouest de la France« , en s’appuyant particulièrement sur des données de biologie, d’écologie et de possibilités de gestion issues du Royaume-Uni.

Les recherches bibliographiques menées ensuite sur cette espèce ont permis la rédaction fin 2017 d’une fiche d’alerte détaillée d’une vingtaine de pages comportant des éléments sur la biologie et l’écologie de l’espèce, une première analyse des risques de sa dispersion, des possibilités de régulation de ses populations et les mesures de biosécurité à lui appliquer en lien avec la taille très réduite des individus. Rédigée par Fabien Dortel (à l’époque, Conservatoire Botanique National de Brest) et Alain Dutartre (GT IBMA), cette fiche est accessible en téléchargement dans un article paru début 2018 proposant une « Synthèse sur la situation de la Crassule de Helms en métropole« .

Début 2019, un nouvel article signalant des « investigations nécessaires » sur cette espèce et demandant aux lectrices et lecteurs de la lettre d’information du CDR de vérifier si la Crassule de Helms n’était pas installée sur leur territoire et de fournir les résultats de cette vérification a reçu assez peu de réponses…

En février 2022, dans un entretien réalisé par Madeleine Freudenreich (à l’époque au Comité français de l’UICN) avec les membres de la brigade d’intervention EEE mise en place par le Conservatoire d’espaces naturels (CEN) Normandie, l’espèce est cependant réapparue comme un souci majeur et un fort enjeu de gestion. En, effet, dans cet entretien « Place à l’action, avec le programme régional EEE Normandie et sa brigade« , à la question « Si vous aviez la possibilité de faire disparaître de votre région une population d’EEE, laquelle serait-ce et pourquoi ? » toutes les personnes interrogées ont répondu : »la Crassule de Helms« , et ont ensuite fourni des explications sur ce choix se référant à « des vitesses parfois fulgurantes » de colonisation et aux difficultés de sa régulation même sur de très petites superficies…

Cette attention sur l’espèce s’est ensuite manifestée par le choix, parmi les neuf projets lauréats de l’Appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour des projets de « recherche-action » sur les Espèces exotiques envahissantes (EEE) lancé par l’Office français de la biodiversité en 2023, d’un projet « CRIME Crassule », portant sur l’étude des capacités de colonisation de la Crassule de Helms dans l’Hexagone pour en améliorer la gestion.

Sous la direction de Gabrielle Thiébaut (Université de Rennes), avec comme partenaires le Parc naturel régional des Marais du Cotentin et du Bessin, la Fédération Départementale des Chasseurs de la Manche et le Conservatoire d’espaces naturels de Normandie, le projet comportait plusieurs objectifs, dont un recensement des sites colonisés dans l’hexagone et des modes de gestion déjà testés, des évaluations des capacités de colonisation de l’espèce et des tests de gestion dont des interventions d’arrachage mécanique.

Le recensement des sites a fait l’objet en 2024 d’un questionnaire d’enquête relayé par deux alertes du CDR. Celle de mai présentait une première carte des sites recensés et celle d’octobre intégrait une carte actualisée et quelques résultats préliminaires notant que, chaque année depuis 2014, des sites étaient nouvellement colonisés par l’espèce dans 6 à 16 communes. Plus d’un millier d’observations issues des bases d’information des Conservatoires Botaniques nationaux ont ainsi été compilées.

Une présentation officielle de ce projet a été réalisée lors des webinaires organisés par l’OFB fin 2024 pour présenter les projets lauréats de cet AMI.

Le PNR a également diffusé des informations sur ce projet par  une page dédiée présentant les actions mises en œuvre, dont des tests de décapage de sites colonisés, et une fiche de synthèse, et la Fédération Départementale des Chasseurs de la Manche a mis en ligne sur sa page Facebook un post intitulé « La FDC 50 se mobilise. Unis contre la Crassule de Helms pour protéger nos marais !« 

Le programme est encore en cours cette année. Une publication sur la capacité de colonisation de l’espèce dans différentes conditions de compétition, de température et d’humidité  est en cours de parution. Originellement prévue en 2025, une journée technique « espèces invasives » portée par le PNR pourrait se dérouler en 2026.

Quelques informations récentes sur l'espèce dans l'hexagone

N. B. : Il ne s’agit pas ici d’un bilan actualisé de la répartition de l’espèce et des interventions pour sa gestion mais d’un éclairage partiel résultant de contacts opportunistes avec des membres du réseau.

Merci, donc, à Justine CELIS (Chargée de mission EEE du CEN Pays de la Loire), Camille GUNDER (Animatrice du réseau EEE, Conservatoire d’Espaces Naturels de Lorraine) et Guillaume KOTWICA (DREAL Hauts-de-France) pour les informations transmises.

En région Pays de la Loire, de 2012 à 2025, la présence de la crassule a été identifiée dans 40 communes. Une première carte de répartition régionale de l’espèce figurait dans la fiche d’alerte de 2017. En 2018, un panneau de communication décrivant l’espèce et mettant en garde sur le rôle des usagers sur sa propagation a été produit par le CEN. Un examen de la trentaine d’accompagnements réalisés par le CEN entre 2016 et 2025 permet d’évaluer la grande diversité des structures ayant bénéficié d’un accompagnement (depuis une entreprise privée jusqu’à un EPTB) et des milieux aquatiques concernées par la colonisation de l’espèce (mares et bassins artificiels divers jusqu’à des grands cours d’eau).

Les interventions réalisées lors de ces accompagnements ont permis dans certains cas de fortes diminutions des populations de Crassule ou a minima leur confinement pour en limiter la dispersion. Dans la région, la Crassule est présente dans de nombreuses zones humides telles que la Brière, les marais breton-vendéen et Tenu-Acheneau ou l’Erdre, particulièrement dans les départements de Loire Atlantique et de Vendée.

Certains de ces accompagnements ont déjà été valorisés par des écrits, comme par exemple une intervention mise en place en 2016 sur des sites du bassin versant aval de la Sèvre-nantaise, présentée comme un cas de détection précoce et de réaction rapide, ou encore par un des retours d’expérience de 2023 du CDR consacré à l’espèce sur des interventions sur les marais de l’Acheneau et du Tenu (Loire-Atlantique).

Colonisation de la Crassule en Pays de la Loire depuis 2010. Source : CBN Brest

Parmi les accompagnements les plus récents, en 2024 deux concernaient des mares, l’une en Vendée, l’autre en Loire-Atlantique. Dans le premier cas, en propriété privée, les propositions d’actions comportaient une pose de clôture pour limiter les accès au bétail, la plantation d’une bande enherbée environnante et un étrépage de la mare. Dans le second, une intervention sur une colonisation par du Myriophylle du Brésil d’un ancien lavoir communal transformé en mare avait permis de découvrir un développement de Crassule qui a depuis subi plusieurs arrachages manuels successifs permettant sa disparition du site.

Une observation a été faite en 2025 dans les marais de l’Erdre (commune de Carquefou) dans une situation présentant une configuration particulière déjà observée dans quelques autres sites de la région, c’est-à-dire sous couvert végétal et restant constamment humide malgré de forts marnages annuels. Un chantier d’arrachage manuel sur les quelques mètres carrés colonisés est prévu cet été.

Crédits : Lendskaip, CC0

Dans la région Grand-Est, en 2003, après une première observation de l’espèce immédiatement en aval de Verdun dans une source se déversant directement dans la Meuse, d’autres signalements vers l’aval du cours d’eau, particulièrement dans des annexes hydrauliques, se sont succédés au fil des années. L’espèce a également été observée dans d’autres sites en Lorraine, comme un étang dans un parc public à Jarny (54) et une frayère à brochet récemment réhabilitée à Rémilly (57).

Cette dispersion au long de la Meuse a amené le Conservatoire Botanique de Lorraine à organiser en 2020 et 2021 des prospections de terrain depuis Haudainville (amont de Verdun) jusqu’à Pouilly-sur-Meuse, soit un linéaire d’environ 86 km. Elles ont ainsi permis un premier recensement des sites colonisés dans différentes communes sur ce linéaire, dans le cours lui-même et dans plusieurs annexes hydrauliques.

Les informations fournies sur la présence de l’espèce à Rémilly (57) ont par ailleurs rapidement conduit les acteurs locaux à réaliser un arrachage de la plante en octobre 2021. En 2025, des interventions ont également été menées par l’association de pêche locale. Les prospections menées par le Conservatoire Botanique d’Alsace-Lorraine montrent que l’espèce ne s’est pas propagée sur le cours d’eau relié à la frayère.

Une rencontre des acteurs de la vallée de la Meuse réunissant la Communauté d’Agglomération du Grand Verdun, la Communauté de communes du Pays de Stenay et du Val Dunois, la Fédération de Pêche de la Meuse, le département, VNF, l’EPAMA, l’OFB, le CEN Lorraine, le CPIE et le Conservatoire Botanique de Lorraine a eu lieu le 22 septembre 2022. Elle a été l’occasion de faire un point sur la répartition de l’espèce dans la vallée de la Meuse et de sensibiliser ces acteurs sur l’espèce, ses impacts et les moyens de la gérer et d’informer les usagers.

Plus récemment, à la suite d’observations de l’espèce en 2023 dans le Brunnwasser entre les communes de Rhinau et Daubensand au sud de Strasbourg, ce cours d’eau a fait l’objet en juin 2024 d’une prospection sur 7 km jusqu’à l’entrée de la Réserve Biologique de Daubensand.

Cette prospection a permis une localisation précise de 105 taches de crassule montrant ce qui est présenté dans le rapport d’activité 2024 du Conservatoire Botanique d’Alsace-Lorraine comme « une colonisation massive du tronçon de cours d’eau » par l’espèce.Une note de synthèse comportant photos et carte de répartition a été produite et diffusée par le Conservatoire en 2024 et une réunion a été organisée à l’initiative de la Région Grand Est pour envisager les suites, en collaboration avec le Syndicat des Eaux et de l’Assainissement Alsace-Moselle.

A l’heure actuelle, cette partie du cours du Brunnwasser à la forte fréquentation touristique estivale de canoé kayak serait le seul site abritant la Crassule de Helms en Alsace. En effet, les visites de 2023 et de 2025 réalisées par le Conservatoire sur une mare d’un Espace Naturel Sensible à Leutenheim dans le nord de l’Alsace, où sa présence détectée en 2018 avait suscité en 2021 la publication d’un avis du CSRPN recommandant des interventions rapides pour la faire disparaître du site, n’ont pas permis de la retrouver.

Enfin, une nouvelle station de Crassule dans la région aurait été identifiée à Hattigny (57), une commune proche de Sarrebourg, dans le « Domaine Les Trois Forêts », un Center Parc proposant de multiples loisirs dont la location de canoés.

Photo extraite de la note de 2024 du Conservatoire Botanique : « population en coussins multiples au pied de touradons de végétation rivulaire ».

Dans la région Hauts de France, observée à partir de 2006, 2007 (voir en haut et à gauche, page 4), l’espèce est principalement présente dans des sites proches de la Manche et de la mer du Nord ou de la frontière avec la Belgique.

Connue depuis 2013 sur des mares et petits plans d’eau de la commune de Rue située sur le territoire du site Ramsar Baie de Somme, l’extension rapide de la Crassule jusqu’en 2016 a déclenché un programme de travaux destinés à réduire ces colonisations dans le cadre de l’action 9 du plan de gestion 2014-2022 de ce site Ramsar portant sur la lutte contre les espèces exotiques envahissantes. Ce projet avait pour objectif de tester différentes méthodes de gestion en fonction de l’état de colonisation des différentes composantes du site.

Une demande de DIG du Syndicat Mixte Baie de Somme- Grand Littoral Picard a permis de mettre en œuvre des interventions sur les sites colonisés avec des conventions passées avec les cinq propriétaires privés concernés. Ces interventions ont bénéficié d’une aide financière en lien avec un appel à projet Biodiversité de l’Agence de l’Eau Artois Picardie.

Les travaux se sont déroulés d’aout 2017 à fin juillet 2020. Ils ont été organisés en trois lots différents selon les sites et les types de travaux prévus. Le premier lot concernait un étang ornemental de 5 500 m², à moitié colonisé par la Crassule, le deuxième une ancienne gravière de 3 ha utilisée pour la chasse et la pêche, et le troisième un ensemble de 13 mares dans un secteur prairial.

Les modalités techniques mises en œuvre comportaient des déboisements de ripisylves, des curages avec enfouissement des produits curés, des assecs, la pose de géotextiles et des apports de terre végétale « exempte de Crassule« . Le rapport disponible présente le déroulement de ces travaux et les résultats obtenus pour chacun des sites.

Le budget prévisionnel de ces expérimentations était de l’ordre de 680 000€ mais le montant effectivement réalisé est d’environ 460 000 € car certaines opérations programmées n’ont pas été reconduites après le constat de leur inefficacité. Leur bilan précise qu’elles ne sont pas globalement efficaces, en particulier lorsqu’il s’agit :

  • de curages, en effet les terres mises à nu sont rapidement colonisées à nouveau par la Crassule,
  • de bâchage lors d’un marnage important avec une bâche qui ne recouvre pas la totalité des berges et du fond du plan d’eau.

 

Cependant les résultats des interventions de comblement/recreusement des mares ont été jugés très positifs car ne montrant aucune recolonisation ultérieure.

Un peu plus au nord et quelques années plus tard, la Crassule a été découverte en juillet 2020 dans trois plans d’eau du Marais du Val de Vergne à Hergnies (59), commune frontalière de la Belgique. Deux de ces plans d’eau étaient déjà fortement colonisés, le troisième observé en voie de colonisation rapide durant l’été, aussi une intervention destinée à éviter toute dispersion ultérieure de l’espèce aux autres plans d’eau proches a été mise en place. Sur une superficie d’environ 50 ha, ce site présente en effet un réseau hydrographique dense de canaux et d’une trentaine de plans d’eau aménagés pour la pêche et la chasse. Il s’agit d’un des dix sites naturels gérés par le Parc naturel régional Scarpe-Escaut dans des objectifs de conservation de la nature et de sensibilisation des publics.

Compte-tenu de la configuration du site, dont une gestion hydraulique par casiers successifs, de la bibliographie disponible et des résultats obtenus par les interventions dans le site Ramsar Baie de Somme, le choix de la technique d’intervention s’est porté sur le comblement de ces plans d’eau. Un projet a donc été déposé en mars 2021 au plan « France relance« . Dans ce casier d’environ 6 ha, il comportait des pêches de sauvegarde suivies d’une vidange des plans d’eau, l’étrépage d’une roselière pour récupérer des matériaux et l’arrachage des boisements présents dans le casier, avec un objectif de mise en pâturage de la parcelle après son comblement.

Après évaluation des volumes de matériaux à apporter pour réaliser ce comblement, le projet a dû être modifié en étalant les merlons restés en place lors de la création des plans d’eau et en utilisant comme matériaux dans deux d’entre eux les boisements abattus. Durant ces travaux débutés en septembre 2022 pour un montant d’environ 200 000 €, des filtres composés de paille enfermée dans des panneaux de grillage ont été installés dans les fossés proches pour empêcher toute dispersion de propagules de plantes.

Après ce comblement, les matériaux se sont tassés, formant une vasière qui a accueilli en 2023 plusieurs espèces d’oiseaux. Fin 2023, seule une tache de 20 m² de crassule a été observée qui devait faire l’objet d’une intervention spécifique en 2024. La surveillance de ce site est en cours.

Gestion de la Crassule au Val de Vergne : début et fin de chantier (Crédits : PNR Scarpe-Escaut).

Une troisième intervention récente a eu lieu dans un site proche d’une Réserve Naturelle Nationale : la Flaque aux oies, plan d’eau peu profond (1,2 m au maximum) d’environ 9000 m², sur la commune d’Oye-plage (62), se trouve en périphérie de la RNN du Platier d’Oye, une propriété du Conservatoire du Littoral. Le syndicat mixte Eden62 gère cette Réserve. La découverte en 2021 de la colonisation de ce plan d’eau par la Crassule, espèce citée parmi les « EEE potentielles » dans la synthèse du plan de gestion 2019-2028 de la Réserve, a conduit à une intervention destinée à empêcher l’espèce de gagner les milieux humides proches au sein de la Réserve.

Pour éviter sa dispersion, le gestionnaire de la Réserve avait d’ailleurs décidé de fermer au public le sentier de promenade de la Flaque aux oies pour éviter tout transport involontaire par les visiteurs.

En s’appuyant sur les différentes publications disponibles sur les méthodes de gestion et les expériences en région et en Fance, il a été décidé de retenir  comme méthode d’intervention le comblement du plan d’eau par des apports de matériaux provenant d’un site proche, à environ un kilomètre de la Réserve. Le volume à apporter était estimé à environ 11 000 m3. Financés en partie par le fond-vert, ces travaux d’un montant total d’environ 40 000 € ont été réalisés en 2024 par les services d’Eden62.

Afin de faciliter l’accès des engins de transport des matériaux au site à combler, un débroussaillage et un terrassement d’une piste d’accès ont tout d’abord été réalisés, complétés par un débroussaillage et un déboisement des berges du plan d’eau pour en permettre un remblai intégral. Les matériels prévus pour ces travaux ont comporté des tractobennes pour le transport et des pelles mécaniques pour le chargement des matériaux et leur étalement dans le site.

Pour des questions de sécurité, la route du Platier est restée fermée, avec une route de déviation pour les usagers, pendant toute la durée des travaux, c’est-à-dire environ cinq semaines au total, incluant travaux préparatoires d’accès, transport des matériaux et remise en état du site.

La quasi-totalité de la superficie de la zone humide a été remblayée mais la dernière semaine de chantier a été perturbée par de fortes précipitations et, malgré le recours à des matériaux complémentaires provenant d’autres sites proches, la partie la plus profonde du plan d’eau n’a pu être totalement comblée. Une nouvelle intervention en période sèche devra donc être menée pour finaliser ces travaux.

La flaque aux oies envahie par la Crassule de Helms et début des travaux en septembre 2024 (Crédits photos : Eden62).

Commentaires

Ainsi que le montre la note de synthèse de Nicolas PIPET, des interventions d’arrachages manuels de la Crassule dans des sites de dimensions réduites non connectés à un réseau hydrographique peuvent permettre d’y faire disparaître l’espèce. Cela correspond tout à fait aux conclusions de la synthèse bibliographique sur les techniques de gestion de l’espèce publiée en 2018 par van der Loop et ses collègues. Dans de très nombreux cas d’interventions de gestion portant sur des sites de conformations différentes (plus grandes dimensions, connexions hydrographiques, biotopes complexes) les interventions de gestion de cette aussi petite espèce aux tiges très fragiles restent de relatifs échecs, réduisant les populations présentes quelquefois dans de très grandes proportions mais sans éliminer toute capacité de nouveaux développements d’une population.

La Crassule est très largement présente aux Pays-Bas où ses impacts ont déclenchés depuis quelques années recherches et approches de gestion. Par exemple, dans un rapport technique (en langue néerlandaise) publié en 2023, Van Kleef  et ses collègues passent en revue les mesures  de gestion disponibles, dont arrachage manuel, étrépage, remblaiement, traitement à l’eau chaude, etc., en en présentant les limites. Ils proposent également une méthode de gestion axée sur la résilience de l’écosystème incluant réduction des apports de nutriments, action directe sur la Crassule et facilitation du développement de la végétation indigène, et rappellent la vigilance indispensable en matière de biosécurité pour éviter toute dispersion liée aux travaux eux-mêmes.

Comme l’illustrent certains des retours d’expérience déjà disponibles en ligne et les informations provenant de la région Hauts de France dans le présent article, parmi les pratiques déjà régulièrement appliquées se trouve le comblement ou remblaiement des sites colonisés faisant disparaître les biotopes favorables à l’espèce. Hormis les aspects financiers, les dimensions du site colonisé sur lequel intervenir et la disponibilité de matériaux adéquats (qualité, distances de transport) peuvent rendre ces travaux difficiles sinon impossibles à mettre en œuvre.

Par ailleurs, même si de telles interventions sont envisageables dans d’assez nombreux sites parmi ceux actuellement colonisés, des exemples tels que les observations disséminées sur un linéaire important du cours de la Meuse montrent bien les risques incontrôlables de colonisation sur des sites hydrographiquement ouverts. De même, l’accroissement observé au fil du temps du nombre de sites colonisés est un élément à prendre en compte pour une meilleure évaluation des enjeux généraux de la gestion de l’espèce dans l’hexagone.

Une vigilance accrue sur cette espèce semble donc tout à fait nécessaire, en termes de rapidité de détection des installations de la plante et de réaction d’intervention pouvant permettre d’agir sur des populations de dimensions encore réduites. Il doit en être de même sur les précautions de biosécurité à appliquer lors des travaux car la taille extrêmement réduite de propagules viables de l’espèce est une difficulté supplémentaire pour assurer la biosécurité des actions engagées.

Aculus crassulae (Crédit: Radmila Petanović) – Aculus crassulae sur un bourgeon de Crassula (Crédit : CABI).

Des possibilités de lutte biologique ?

Enfin, dans ce contexte de colonisation régulière de nouveaux sites et de l’absence de solutions techniques très efficaces, peut-être est-il temps de mieux examiner les possibilités de lutte biologique de cette espèce.

Introduite en Grande Bretagne, au début du XXième siècle, observée en milieu naturel à partir de 1956 et présentant une forte dispersion depuis les années 1980 dans plus d’un millier de sites, elle y a créé d’importants dommages environnementaux et difficultés de gestion. En 2010, le Département de l’Environnement, de l’Agro-alimentaire et des affaires Rurales du Royaume-Uni (Department for Environment Food & Rural Affairs – DEFRA) a chargé le « Centre for Agricultural Bioscience International » (CABI) d’étudier le potentiel de lutte biologique contre plusieurs espèces végétales aquatiques et riveraines non indigènes, dont la Crassule. Des premiers résultats sur l’espèce ont été cités dans la fiche d’alerte détaillée de 2017 et des notes successives d’information ont permis la mise en ligne en 2022 d’un article faisant un point d’avancement sur ce programme « Aculus crassulae, quel potentiel pour cet acarien comme agent de contrôle biologique de la Crassule de Helms ?« .

A partir des résultats obtenus par le programme du CABI, après évaluations des risques et consultation, le DEFRA avait donné son accord en 2018 pour la dissémination en milieu naturel de l’acarien en Angleterre et au Pays de Galles. Les dernières informations disponibles sur la mise en œuvre de ce programme sur la Crassule datent de mars 2025. Il y est indiqué que les populations de cet acarien ont passé l’hiver avec succès dans plusieurs sites d’introduction. Un de ces sites montrait même des résultats jugés impressionnants, avec une très forte augmentation en fin d’été de la densité de galles provoquées par l’acarien rendant très visibles ses impacts sur les plantes, y compris à une certaine distance de la parcelle d’origine du lâcher. Des introductions futures d’acariens dans divers sites en Angleterre et au Pays de Galles sont prévues.

Dans le rapport technique de Van Kleef  et ses collègues publié aux Pays-Bas en 2023, ces recherches étaient citées comme n’étant pas encore prêtes à être mise en œuvre dans le pays. Après des recherches supplémentaires pour confirmer l’innocuité de cet agent de biocontrôle pour les principales espèces végétales néerlandaises, des demandes de dissémination ont été approuvées aux Pays-Bas début 2025. C’est maintenant un processus débuté : dans une note d’information du CABI de septembre 2025, il est fait état de « premières libérations » (first-time releases) fin 2025 de plusieurs milliers d’acariens sur deux sites au sud-est d’Amsterdam dont les populations font maintenant l’objet d’un suivi.

Le début d’un programme à suivre dans les prochaines années…

Notons par ailleurs que ce programme du CABI et son extension au Pays-Bas a également concerné un autre agent de biocontrôle spécialisé, le charançon Listronotus elongatus concernant l’Hydrocotyle fausse-renoncule, déjà autorisé par le DEFRA en Angleterre depuis 2021.

N. B. : Après la parution en 2022, d’un premier « éclairage scientifique » du CDR, « Espèces exotiques envahissantes et changements climatiques« , un deuxième ouvrage, « Le contrôle biologique : quelles limites et opportunités pour la gestion des EEE » est en cours de rédaction pour une édition prévue début 2027.

Rédaction : Alain Dutartre (expert indépendant)

 Relectures : Justine Celis (Conservatoire d’Espaces Naturels des Pays de la Loire), Corentin Gaudichet (Université de Rennes), Camille Gunder (Conservatoire d’Espaces Naturels de Lorraine), Guillaume Kotwica (DREAL Hauts-de-France), Camille Bernery (Comité français de l’UICN)

Crédits photo en bandeau : Benjamin Blondel, CC BY-SA 4.0 

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